Une architecture fidèle à l’ADN créatif de Zaha Hadid Architects
Le futur aéroport international de Bishoftu affiche une ambition claire dès sa conception. Imaginé par Zaha Hadid Architects, le bâtiment reprend cette signature très reconnaissable faite de lignes fluides, de volumes audacieux et de formes pensées autant pour impressionner que pour servir l’usage.

Le terminal principal adoptera une silhouette en X, sur une surface annoncée de 660 000 mètres carrés. Ce choix n’a rien d’un simple effet visuel. Il doit surtout faciliter les déplacements des passagers entre les zones d’enregistrement, les contrôles, les commerces et les portes d’embarquement. Dans un aéroport, quelques centaines de mètres en moins peuvent changer beaucoup de choses, surtout lors d’une correspondance serrée.
L’organisation intérieure reposera sur une grande artère centrale, destinée à fluidifier les parcours. L’objectif est de limiter les longues marches, les changements de direction inutiles et cette impression bien connue des voyageurs de traverser un terminal sans fin, valise à la main et regard fixé sur l’horloge.
Le projet s’inspire aussi du paysage éthiopien, notamment du Grand Rift, cette immense fracture géologique qui marque l’Afrique de l’Est. À travers son dessin, l’aéroport cherche donc à relier performance technique et identité territoriale, plutôt que de reproduire un modèle international interchangeable.
Un projet pensé pour être durable
Au-delà de son allure futuriste, le projet met en avant une dimension environnementale importante. Les différentes jetées devraient se distinguer par des matériaux, des couleurs et des ambiances inspirés des régions éthiopiennes. Une manière de rappeler que ce lieu de transit mondial reste aussi une porte d’entrée vers un pays aux paysages et cultures très variés.

Le complexe devrait s’appuyer en partie sur des matériaux produits ou recyclés localement, notamment le béton et l’acier. Cette logique vise à valoriser les ressources nationales tout en limitant certains impacts liés au transport des matériaux.
Le futur aéroport international de Bishoftu ambitionne également une certification environnementale exigeante. Ventilation naturelle, protection solaire, panneaux photovoltaïques et récupération des eaux de pluie font partie des solutions annoncées pour réduire l’empreinte du site. Dans une infrastructure de cette taille, chaque choix technique compte : climatiser moins, mieux orienter les espaces ou réutiliser l’eau peut représenter des gains considérables.
Les espaces extérieurs devraient eux aussi intégrer des espèces végétales locales afin de préserver une forme de continuité avec le paysage environnant. Cette approche ne transforme pas un aéroport en jardin botanique, bien sûr, mais elle montre une volonté d’éviter un bloc de béton totalement coupé de son milieu.

Le volet aéronautique lui-même a été pensé pour l’efficacité. Les pistes et zones de circulation doivent permettre de limiter certains temps de roulage, ce qui peut contribuer à réduire la consommation de carburant des avions. À terme, les parkings prévus pourraient accueillir jusqu’à 270 appareils simultanément.
Une capacité phénoménale, un projet ambitieux
Les chiffres donnent le vertige. À pleine capacité, l’aéroport pourrait accueillir jusqu’à 110 millions de passagers par an, avec une première phase déjà prévue pour environ 60 millions de voyageurs. À cette échelle, Bishoftu ne jouerait plus seulement dans la cour des grands aéroports africains, mais dans celle des très grands hubs mondiaux.
Le projet doit aussi soulager l’actuel aéroport de Bole, à Addis-Abeba, devenu central dans la stratégie d’Ethiopian Airlines. Pour beaucoup de voyageurs africains, Addis-Abeba est déjà une étape familière : on y change d’avion entre deux capitales, entre l’Afrique et l’Asie, ou avant de rejoindre l’Europe. Bishoftu vise à amplifier encore ce rôle de carrefour.

L’investissement annoncé atteint environ 12,7 milliards de dollars, soit un montant colossal pour une infrastructure de transport. Le futur site sera pensé comme un grand espace de correspondance, avec restaurants, zones de repos, espaces extérieurs, services de divertissement et un hôtel de 350 chambres. L’idée est claire : rendre l’attente plus supportable pour les passagers en transit, qui devraient représenter une grande partie du trafic.

Mais un projet de cette ampleur soulève aussi des questions humaines et territoriales. La construction a entraîné le déplacement de milliers d’agriculteurs de la région, avec des dispositifs de relogement et d’indemnisation annoncés par les porteurs du projet. Ce point restera forcément observé de près, car le succès d’une telle infrastructure ne se mesure pas seulement au nombre de passagers, mais aussi à son impact sur les populations locales.
Sur le plan économique, les ambitions sont fortes. Le chantier et l’exploitation du site pourraient créer plusieurs dizaines de milliers d’emplois et renforcer la position d’Ethiopian Airlines sur le continent. Dans un secteur où les grands hubs déterminent souvent les routes, les prix et les correspondances, ce nouvel équipement pourrait peser lourd.

Bishoftu n’est donc pas seulement un hub africain de plus sur la carte. C’est un pari industriel, architectural et géopolitique. S’il tient ses promesses d’ici son ouverture attendue autour de 2030, il pourrait redessiner une partie des flux aériens en Afrique et donner à l’Éthiopie une place encore plus stratégique dans le transport aérien mondial.
