Petite anecdote personnelle… des amis ont installé d’élégants volets noirs en aluminium dans leur nouvelle maison, m’avouant finalement qu’ils avaient fait « une bêtise ». Pourquoi ? Cet été, les contrevents se sont transformés en radiateurs, surchauffant leur logement. Avec nos volets blancs, nous étions davantage protégés, impossible pour moi de ne pas faire le rapport avec le Philadelphia Cool Homes Program.
L’origine du projet
Entre 2000 et 2003, le Département américain de la santé et des services sociaux a développé le programme REACH (Residential Energy Assistance Challenge option), partant d’un constat : les personnes âgées aux revenus modestes sont particulièrement vulnérables à la chaleur, à la fois plus exposées aux problèmes de santé et davantage susceptibles d’être socialement isolées. Jusque-là, rien d’illogique, mais pourquoi peindre des toits en blanc ?
Deux instances locales, l’Agence de coordination de l’énergie de Philadelphie (ECA) et le Département de la protection sociale de Pennsylvanie ont soumis leur Philadelphia Cool Homes Program dans le cadre du projet REACH, ciblant 375 foyers modestes. À l’époque déjà, la chaleur estivale y était aggravée par la vétusté des logements, par les ouvertures inutilisables pour aérer ou encore par les toits en goudron noir et la mitoyenneté.
Verdict : le projet a été accepté et mis en œuvre par l’ECA. Parmi les 375 foyers de seniors, 80% ont reçu des ventilateurs de plafond, les deux tiers une isolation de toiture et, ce qui m’intéresse davantage, il faut l’avouer, 90 % ont vu leur toit recouvert d’un revêtement de toiture blanc réfléchissant en élastomère. D’où le chiffre de « 340 », largement repris aujourd’hui. Vous l’aurez certainement compris, ces toits blancs philadelphiens n’ont absolument pas été peints, mais revêtus d’un matériau polymère aux propriétés élastiques.
Quelque chose me dit que, dans notre monde qui (sur)vit (face à) des canicules inédites, ces 340 toitures, même recouvertes il y a plus de 20 ans, sont loin d’être désuètes et seraient même source d’inspiration…
Des résultats bien encourageants
Impossible d’évoquer le Philadelphia Cool Homes Program mettre en lumière ses résultats ! Dans son rapport publié en 2004, le cabinet M. Blasnik & Associates, alors spécialisé dans le bâtiment et l’efficacité énergétique, a révélé que le revêtement blanc a quasiment supprimé le gain de chaleur solaire par la toiture. Des enregistreurs de température ont été installés dans trente-cinq logements pour comparer leur température avant et après la pose du revêtement.
Et c’est là que cela devient intéressant ! Dans les habitations sans climatisation dans les chambres, la température maximale au niveau du plafond a diminué d’environ 4 à 5 °F, soit entre 2,2 et 2,8 °C quand la température de l’air dans les chambres baissait, elle, d’environ moitié moins.
De son côté, l’agence américaine de l’environnement (EPA) rapportait également une réduction d’environ 80 % des gains de chaleur provenant du plafond, mettant en avant que l’impact sur la température des plafonds était presque aussi important dans les maisons climatisées que dans celles qui ne l’étaient pas.
Mais, un questionnement reste en suspens
On oublie un peu trop souvent que l’élastomère blanc qui a recouvert les 340 toits n’a pas agit seul ! La plupart des maisons ont également reçu une isolation de toiture.
Et, à force d’éplucher les documents officiels, je comprends que les deux mesures ne jouent pas dans la même cour : l’été, le revêtement blanc a réduit les gains de chaleur, sans pour autant faire baisser la facture de chauffage l’hiver. L’isolation, elle, apportait un bénéfice thermique quasi identique en été, tout en générant en prime de vraies économies l’hiver. Résultat : les combiner n’a pas permis de combattre davantage la chaleur estivale, mais a cumulé les avantages des deux saisons.
Et c’est là que je me questionne… l’installation de l’élastomère a coûté en moyenne 1 500 dollars par toit (1 300 € environ aujourd’hui), contre 750 dollars pour l’isolation (soit 650 € environ), deux fois moins cher, pour un effet estival comparable. Si l’isolation s’est révélée utile toute l’année à moindre coût, quel était donc l’intérêt réel du toit blanc ? Suspense… Le revêtement blanc possède un atout que l’isolation n’a pas ! Il protège la toiture elle-même et prolonge sa durée de vie, un avantage non négligeable quand j’ai appris par la suite que 40 % des maisons du programme avaient des problèmes de toiture. Les deux installations paraissent tout de même complémentaires… la preuve, le Philadelphia Cool Homes Program fait encore parler de lui plus de 20 ans après !
Vingt ans après, Philadelphie réitère
Depuis 2024, la mairie de Philadelphie et l’ECA testent un nouveau projet nommé Cool Roofs (« Toits frais ») dans le quartier de Strawberry Mansion. 62 logements ont déjà bénéficié gratuitement d’un revêtement réfléchissant blanc qui, cette fois-ci, ressemble davantage à de la peinture. L’objectif ? Alors que Philadelphie enregistre des températures avec un écart qui peut atteindre 17°C dans des quartiers différents, ce programme pilote ambitionne de vérifier si l’effet rafraîchissant fonctionne aussi à l’échelle d’un quartier entier et non plus maison par maison. À terme, ce sont 150 maisons qui devraient bénéficier de ce projet pour parvenir à réduire la consommation d’énergie et à limiter le coût des factures d’électricité. Les résultats sont attendus après l’été 2026, soit vingt-trois ans après les premiers relevés. L’histoire du toit blanc est donc loin d’être terminée, et après avoir autant épluché les archives et les données locales, une chose est certaine, je vais suivre le sujet de près…
