Poissons, coraux, éponges, crustacés ou encore vers marins figurent parmi ces découvertes. Certaines proviennent de zones déjà explorées, tandis que d’autres ont été repérées dans des environnements beaucoup plus difficiles d’accès. Ce gigantesque inventaire rappelle surtout que notre connaissance de la biodiversité marine demeure encore très incomplète.
Plus de 1 100 nouvelles espèces identifiées
Ocean Census a annoncé en juin 2026 avoir dépassé le seuil des 1 100 espèces nouvelles pour la science. Le programme, lancé en 2023 par la Nippon Foundation et l’organisation Nekton, ambitionne d’accélérer considérablement l’identification de la vie marine.
Ces nouvelles espèces appartiennent à des groupes extrêmement variés. Les scientifiques ont notamment identifié des poissons, des mollusques, des coraux, des éponges, des crustacés et de nombreux autres invertébrés.
Le chiffre est d’autant plus impressionnant qu’il ne représente qu’une fraction des spécimens collectés au cours des différentes expéditions. Beaucoup doivent encore être étudiés avant de déterminer s’ils correspondent réellement à des espèces jamais décrites.
Pourquoi connaissons-nous encore si mal les océans ?
L’immensité constitue le premier obstacle. Les océans couvrent environ 70 % de la surface terrestre et atteignent plusieurs kilomètres de profondeur dans de nombreuses régions.
Explorer ces environnements nécessite des navires spécialisés, des robots sous-marins, des véhicules télécommandés et des équipements capables de résister à des pressions considérables.
À ces difficultés techniques s’ajoute le travail effectué après chaque expédition. Trouver un organisme inhabituel ne suffit pas : il faut ensuite le comparer aux espèces déjà connues, analyser son anatomie et parfois son ADN avant de pouvoir confirmer une découverte.
Découvrir une espèce ne signifie pas immédiatement lui donner un nom
La taxonomie, discipline chargée de décrire et de classer les organismes vivants, peut demander beaucoup de temps. Certains spécimens restent ainsi pendant des années dans les collections scientifiques avant d’être formellement décrits.
Ocean Census cherche précisément à réduire ce délai. Le programme réunit des spécialistes internationaux dans des ateliers consacrés à l’identification rapide des organismes récoltés.
La photographie à haute résolution, l’imagerie tridimensionnelle et le séquençage génétique permettent aujourd’hui de comparer les spécimens beaucoup plus rapidement qu’autrefois.
Les grandes profondeurs réservent de nombreuses surprises
Une partie des découvertes provient d’environnements profonds où la lumière solaire ne pénètre plus. Les organismes doivent y supporter le froid, une pression très élevée et parfois une disponibilité limitée en nourriture.
Ces contraintes ont favorisé l’apparition d’adaptations étonnantes. Certaines espèces possèdent des formes ou des modes de vie très différents de ceux des animaux que nous connaissons près des côtes.
Des expéditions ont notamment exploré les monts sous-marins, les plaines abyssales et différentes zones isolées du Pacifique, de l’Atlantique et de l’océan Austral.
Des découvertes parfois réalisées dans des régions déjà étudiées
Il n’est pas toujours nécessaire de descendre dans une fosse océanique inconnue pour trouver une nouvelle espèce. Des organismes encore jamais décrits peuvent vivre dans des régions fréquentées depuis longtemps par les scientifiques.
Ils peuvent avoir été confondus avec une espèce proche ou être suffisamment petits et discrets pour être passés inaperçus.
Les méthodes génétiques permettent notamment de révéler des espèces dites cryptiques : elles semblent presque identiques extérieurement mais présentent des différences biologiques et génétiques suffisantes pour constituer des espèces distinctes.
Une diversité qui dépasse largement les grands animaux marins
Lorsqu’on évoque la vie océanique, baleines, requins, dauphins ou grandes pieuvres viennent facilement à l’esprit. Pourtant, une immense partie de la diversité marine est constituée d’organismes beaucoup plus petits.
Les invertébrés représentent ainsi une part considérable des découvertes réalisées par les scientifiques.
Les recherches récentes ont par exemple permis de mettre en évidence de nouvelles espèces marines encore inconnues, rappelant que même des groupes d’animaux relativement bien étudiés peuvent réserver des surprises.
Pourquoi est-il urgent d’établir cet inventaire ?
Identifier les espèces n’est pas uniquement une question de curiosité scientifique. Il est difficile de protéger efficacement un organisme dont on ignore l’existence.
Les écosystèmes marins subissent déjà différentes pressions liées au réchauffement des eaux, à leur acidification, aux pollutions, à certaines pratiques de pêche ou encore à la transformation des habitats.
Dans plusieurs régions profondes s’ajoutent également les interrogations entourant une éventuelle exploitation minière des fonds océaniques.
Connaître les espèces présentes avant que leur environnement ne soit profondément modifié devient donc un enjeu majeur.
Chaque espèce joue un rôle dans son écosystème
Une petite éponge ou un crustacé de quelques millimètres peut sembler insignifiant comparé à une baleine. Pourtant, ces organismes participent aux réseaux alimentaires et aux grands cycles biologiques de l’océan.
Certains filtrent l’eau, d’autres recyclent la matière organique ou constituent la nourriture d’espèces plus grandes.
La disparition d’organismes discrets peut ainsi produire des effets difficiles à prévoir sur l’ensemble d’un écosystème.
Les nouvelles technologies accélèrent l’exploration
Les progrès réalisés dans la robotique sous-marine permettent désormais d’atteindre des régions autrefois presque inaccessibles.
Les véhicules télécommandés peuvent filmer les fonds, prélever délicatement des spécimens et enregistrer simultanément différentes caractéristiques de l’environnement.
Les scientifiques disposent ensuite d’outils numériques capables de comparer les images, de reconstruire les organismes en trois dimensions et d’analyser rapidement leur matériel génétique.
Ces technologies permettent d’accélérer considérablement la recherche tout en limitant les perturbations provoquées par les prélèvements.
Une course scientifique contre le temps
L’un des grands objectifs d’Ocean Census est d’accélérer la description des espèces avant que certains écosystèmes ne soient profondément transformés.
Le programme repose donc sur une collaboration internationale entre taxonomistes, biologistes marins, généticiens, spécialistes de l’imagerie et institutions scientifiques.
En mutualisant les collections et les compétences, les chercheurs espèrent réduire fortement le temps nécessaire entre la collecte d’un organisme et sa description scientifique.
Combien d’espèces marines restent encore à découvrir ?
Personne ne possède aujourd’hui de chiffre définitif. Les estimations varient considérablement selon les méthodes utilisées et les groupes étudiés.
Ce qui est certain, c’est que le nombre d’espèces marines officiellement décrites reste très inférieur à la diversité probablement présente dans les océans.
Les organismes microscopiques, les espèces vivant dans les sédiments et la faune des grandes profondeurs constituent notamment d’immenses réservoirs de découvertes potentielles.
Les océans restent l’une des grandes frontières de l’exploration
Franchir le cap des 1 100 nouvelles espèces en quelques années constitue une étape spectaculaire, mais certainement pas un aboutissement. Chaque campagne océanographique apporte de nouveaux spécimens et parfois des organismes si différents qu’ils obligent les biologistes à revoir certaines classifications.
Alors que les satellites permettent aujourd’hui de cartographier la surface de la planète avec une précision impressionnante, une grande partie de ce qui vit sous les vagues reste encore inconnue.
L’océan apparaît ainsi comme l’une des dernières grandes frontières biologiques de notre planète. Et au rythme actuel des découvertes, son inventaire est encore très loin d’être terminé.
