Des éclairs lumineux comme repères
L’expérience menée par une équipe de la Queen Mary University of London s’est intéressée à Bombus terrestris, une espèce de bourdon très répandue en Europe. L’objectif était simple en apparence : savoir si ces insectes pouvaient utiliser la durée d’un signal lumineux pour choisir où chercher de la nourriture. L’étude a été publiée en novembre 2025 dans la revue scientifique Biology Letters.
Les chercheurs ont aménagé un dispositif dans lequel chaque bourdon devait choisir entre deux cercles lumineux. L’un produisait un signal relativement long et l’autre un signal court. Selon les essais, les animaux devaient notamment distinguer des éclairs de 5 secondes et 1 seconde, ou de 2,5 secondes et 0,5 seconde.
L’un de ces signaux était associé à une récompense sucrée, tandis que l’autre conduisait à une solution désagréable pour les bourdons. Les positions des signaux étaient régulièrement inversées afin d’éviter que les insectes ne se contentent de mémoriser un emplacement dans le dispositif.
C’est un peu comme si, dans une pièce, le bouton qui permet d’obtenir son café préféré changeait constamment de place et qu’il fallait le retrouver uniquement grâce à la durée pendant laquelle un voyant reste allumé. Pour réussir, impossible de se fier simplement à l’endroit où l’on avait trouvé la bonne réponse la fois précédente.
Après la phase d’apprentissage, les chercheurs ont retiré la récompense. Les bourdons continuaient pourtant à se diriger préférentiellement vers la durée lumineuse précédemment associée au sucre, ce qui indique qu’ils avaient bien appris à utiliser cette information temporelle pour guider leur choix.

Une capacité inattendue chez un insecte
La comparaison avec le code Morse vient du principe même de ce système : un signal bref et un signal plus long peuvent transmettre des informations différentes. Dans l’expérience, les bourdons n’ont évidemment appris ni alphabet ni langage codé. Ils ont simplement démontré qu’ils pouvaient distinguer et mémoriser des durées de stimulation visuelle.
Cette nuance est importante, mais elle ne rend pas le résultat moins étonnant. Les chercheurs soulignent que les bourdons ne sont pas naturellement confrontés à ce type de lumières clignotantes lorsqu’ils butinent. Leur réussite montre donc une certaine flexibilité dans la manière dont leur système nerveux peut exploiter une information artificielle.
Une deuxième expérience a d’ailleurs cherché à vérifier que les animaux ne choisissaient pas simplement le stimulus ayant produit la plus grande quantité totale de lumière. Les chercheurs ont équilibré le temps total d’éclairage entre les différents signaux, tout en conservant des durées d’impulsions différentes. Les bourdons parvenaient encore à les différencier.
Reste à comprendre comment un système nerveux aussi compact réalise ce travail. Plusieurs pistes sont envisagées. Cette aptitude pourrait être liée à des mécanismes de traitement de l’information temporelle déjà utiles pour suivre des déplacements, s’orienter ou communiquer. Elle pourrait aussi reposer sur des propriétés plus fondamentales du fonctionnement des neurones. À ce stade, les mécanismes précis restent inconnus.
Pour Elisabetta Versace et ses collègues, l’intérêt dépasse donc largement le simple tour de force d’un bourdon face à quelques lumières. Ces insectes offrent un modèle particulièrement intéressant pour comprendre comment des comportements cognitifs élaborés peuvent émerger avec un nombre limité de ressources neuronales. Une nouvelle raison de regarder d’un autre œil ce petit pollinisateur que l’on croise presque distraitement entre deux fleurs.
