La prochaine fois que vous dégusterez une figue, il y a fort à parier que vous ne la regarderez plus comme un simple fruit sucré qui croque délicatement sous la dent…
Un faux-fruit au destin étonnant
Avez-vous déjà remarqué que les figuiers ne fleurissent pas comme les pommiers, les cerisiers ou les autres arbres fruitiers que nous connaissons bien ? Et pour cause : leurs fleurs sont cachées à l’intérieur d’une structure charnue appelée sycone. Cette inflorescence particulière se rencontre chez différentes espèces du genre Ficus.
Chez certaines espèces et variétés de figuiers, cette structure est pollinisée par une minuscule guêpe spécialisée, appelée blastophage. La femelle pénètre à l’intérieur du sycone pour assurer la pollinisation des fleurs. Au cours de son passage par l’étroite ouverture de la figue, elle peut perdre ses ailes et ses antennes et mourir à l’intérieur. Les véritables fruits sont en réalité les minuscules akènes que l’on prend souvent pour des graines et qui donnent à la figue sa texture légèrement croquante. Quant aux restes éventuels de l’insecte, ils sont dégradés au cours du développement de la figue. À noter toutefois que toutes les figues que nous consommons n’ont pas nécessairement été pollinisées par une guêpe : de nombreuses variétés cultivées peuvent produire des figues sans cette intervention.

La gourmandise de Cléopâtre et de Louis XIV, mais pas seulement
La figue occupe depuis des siècles une place particulière dans l’histoire. Elle apparaît notamment dans les textes bibliques, aux côtés de la vigne et de l’olivier, où le figuier et ses fruits revêtent différentes significations symboliques. Selon les récits, ils peuvent évoquer le bonheur, la prospérité ou, au contraire, faire l’objet d’une malédiction. Dans tous les cas, l’arbre comme son fruit sont profondément chargés de sens.
Dans l’Égypte antique, la figue était largement utilisée, aussi bien dans l’alimentation que dans certaines préparations médicinales et boissons. Cléopâtre aurait elle aussi particulièrement apprécié ce fruit. Selon une célèbre tradition antique, la reine se serait donné la mort en se faisant mordre par un serpent qui aurait été dissimulé dans un panier de figues, même si les circonstances exactes de sa mort restent discutées. Dans la Grèce antique, la figue était associée à Déméter, déesse des moissons, ainsi qu’à Dionysos, dieu du vin. Elle était également appréciée des athlètes pour sa valeur nutritive.
Plus tard, Louis XIV se passionna lui aussi pour les figues. À Versailles, son jardinier Jean-Baptiste de La Quintinie fit cultiver plusieurs centaines de figuiers de différentes variétés dans le Potager du Roi. De quoi faire du souverain un amateur particulièrement assidu de ce fruit méditerranéen !

Une étonnante correspondance entre la figue et le foie
Restons dans la Grèce antique, où les figues servaient notamment à engraisser des oies dont le foie était ensuite consommé. L’expression grecque « hêpar sykôtón » désignait ainsi un foie engraissé aux figues. Le mot grec « hêpar », qui signifie « foie », est à l’origine de nombreux termes médicaux construits sur la racine « hépat- », comme hépatite ou hépatologie.
Les Romains ont ensuite repris cette pratique et employé l’expression latine « jecur ficatum », littéralement le « foie aux figues ». Avec le temps, l’adjectif « ficatum » a fini par remplacer le nom « jecur » pour désigner le foie lui-même. Son évolution phonétique a notamment donné le mot français « foie ». La boucle est bouclée !

La figue, un étonnant éventail de couleurs
Penser qu’une figue verte n’est pas encore mûre est une idée reçue. Selon les variétés, les figues présentent une grande diversité de teintes. Traditionnellement regroupées en grandes catégories — figues blanches ou vertes, figues grises et figues violettes ou noires —, elles peuvent arborer des nuances de vert, de violet, de noir ou encore de rouge.
Leur chair varie tout autant : elle peut être presque noire, rouge, rose soutenu, violette, jaune pâle, beige rosé ou encore brun clair. La production dépend également de la variété. Un figuier unifère donne une seule récolte annuelle, tandis qu’un fruitier bifère peut offrir deux récoltes, généralement une première en début d’été puis une seconde à la fin de l’été ou au début de l’automne. De quoi profiter des figues pendant une belle partie de la saison !

Un concentré de nutriments intéressant pour la santé
Fraîche ou séchée, la figue possède un profil nutritionnel intéressant. Elle apporte plusieurs minéraux et vitamines, ainsi que des fibres qui contribuent au bon fonctionnement du transit intestinal. Fraîche, elle reste relativement peu calorique, avec environ 70 kilocalories pour 100 grammes. Composée de plus de 80 % d’eau, elle fournit notamment du potassium, de la vitamine B9 et différents composés antioxydants. Sa composition évolue toutefois à mesure qu’elle mûrit et, plus encore, lorsqu’elle est séchée.
La figue sèche est ainsi beaucoup plus concentrée en sucres et donc plus énergétique, avec environ 250 kilocalories pour 100 grammes. Elle contient également davantage de fibres : autour de 9 à 10 grammes pour 100 grammes, contre environ 2,5 à 3 grammes pour la figue fraîche. Une option intéressante pour un encas, à condition de tenir compte de sa teneur plus élevée en sucres et en calories.

