Pelouses jaunies et clairsemées, plantes accablées par la chaleur et la sécheresse, arbres soumis au stress hydrique, potagers en difficulté : aucun jardin n’est réellement épargné. Les restrictions d’eau mises en place dans plusieurs départements compliquent encore la tâche des passionnés de jardinage, mais elles doivent naturellement être respectées.
Certains jardins à vocation scientifique expérimentent toutefois des végétaux capables de supporter la sécheresse. L’objectif est d’observer s’ils pourraient trouver leur place dans des jardins confrontés à des étés secs tout en résistant aux hivers parfois très froids.
« Dès que l’arrêté préfectoral sur la restriction d’eau est sorti, nous avons immédiatement arrêté l’arrosage des massifs d’ornement », explique Karim Benkhelifa, responsable des collections tempérées du Jardin botanique Jean-Marie Pelt, à Villers-lès-Nancy. Malgré cela, certaines plates-bandes résistent encore « relativement bien ». Une performance qui repose à la fois sur le choix des espèces et sur les méthodes de plantation.
Des plantes capables de résister presque sans eau

Dans les massifs, la verveine de Buenos Aires, les sauges, les cinéraires, ainsi que différentes graminées et certains sédums démontrent leur capacité à supporter de longues périodes de sécheresse. « Tout ce qu’on a installé ici, c’est zéro arrosage, on n’arrose jamais », souligne Karim Benkhelifa. Certaines espèces disposent d’une pilosité importante qui les protège du rayonnement solaire, tandis que d’autres réduisent leurs échanges gazeux en fermant leurs stomates pendant les heures les plus chaudes.
Ces plates-bandes ont également une fonction pédagogique. « Ces espèces, vous pouvez les trouver facilement et les installer chez vous pour avoir des plates-bandes qui ne requièrent aucun arrosage, même en période de sécheresse, même en période de canicule. » Pour mieux préparer son jardin à la canicule, le choix de végétaux adaptés devient donc essentiel.
Arroser moins, mais mieux
La méthode appliquée par les jardiniers du jardin botanique repose sur un principe simple : privilégier des arrosages copieux, mais très espacés. Cette stratégie encourage les plantes à développer leurs racines plus profondément dans le sol. Même pour les tomates, un arrosage tous les quinze jours peut parfois suffire lorsque cette méthode est correctement appliquée. À l’inverse, des apports d’eau quotidiens favorisent le développement de racines superficielles, rendant les plantes plus vulnérables lorsque la sécheresse s’installe.
Le sol doit également être systématiquement protégé par un paillage, afin de limiter l’évaporation de l’eau. Cette méthode avait déjà permis aux massifs de mieux résister à la sécheresse de 2022.
Pour les arbres, les deux premières années suivant la plantation sont déterminantes. « Une fois tous les quinze jours, mais copieux », insiste le responsable des collections tempérées. Au Jardin botanique, les arrosages sont réalisés après la tombée de la nuit afin de favoriser la pénétration de l’eau dans le sol.
Les conifères en danger

Si les plantes vivaces offrent de nombreuses possibilités pour imaginer les jardins de 2050, la situation est plus complexe pour les arbres. Certains conifères présentent déjà des signes de stress hydrique. Les thuyas, très fréquemment utilisés dans les haies, peuvent notamment brunir lorsque les conditions deviennent trop sèches.
Les Sequoiadendron du jardin botanique montrent eux aussi des signes évidents de fragilité. Ce stress les rend également plus vulnérables aux attaques de scolytes. « On n’annonce pas de beaux jours pour les conifères », prévient Karim Benkhelifa. Dans le département des Vosges, les alertes liées au dépérissement des arbres et aux attaques de parasites se sont multipliées ces dernières années.
Lorsqu’un arbre manque fortement d’eau, des embolies gazeuses peuvent apparaître dans ses vaisseaux conducteurs. Le végétal peut alors perdre ses feuilles en plein été, voire certaines de ses branches. Au-delà du risque éventuel pour les promeneurs, ce phénomène constitue aussi une menace importante pour les forêts.
Entre 2005 et 2015, les chercheurs de l’Inrae ont réalisé plusieurs avancées majeures dans la compréhension de l’embolie gazeuse, considérée comme l’un des mécanismes essentiels impliqués dans la mortalité des arbres lors de sécheresses sévères.

En 2015, l’Inrae mettait notamment en avant Callitris tuberculata, une espèce originaire des régions extrêmement arides d’Australie occidentale et présentant une résistance exceptionnelle à la sécheresse.
Face à ces nouvelles conditions, certaines espèces méditerranéennes commencent progressivement à trouver leur place plus au nord. Le chêne vert, Quercus ilex, est notamment réputé pour sa capacité à supporter des environnements secs.
D’autres arbres encore peu répandus dans les jardins apparaissent également, comme Albizia julibrissin, communément appelé arbre à soie. Cette espèce est notamment appréciée pour son système racinaire profond. Celui du Jardin botanique fleurit au mois de juillet et sa floraison peut se prolonger jusqu’à la fin du mois d’août. Dans les jardins soumis à la sécheresse, ce type d’arbuste ou d’arbre adapté aux terrains secs représente une piste intéressante pour diversifier les plantations.
Une petite merveille capable d’apporter de la couleur en pleine période de fortes chaleurs tout en nécessitant relativement peu d’arrosage.
Un autre espace vert de Nancy sert également de terrain d’expérimentation : le jardin Godron. Situé en plein cœur de la ville, il constitue une véritable vitrine vivante. Nancy fait partie des neuf villes européennes sélectionnées dans le cadre du programme de recherche URBLOOM, coordonné par l’Université de Lorraine.
Le projet vise à étudier de nouveaux types de plates-bandes fleuries à la fois créatives et résilientes. L’objectif est de concilier attractivité pour les pollinisateurs, résistance à la sécheresse et gestion durable, afin de contribuer efficacement à la préservation de la biodiversité urbaine.
Les euphorbes, qui comprennent de nombreuses espèces adaptées aux milieux secs, ont elles aussi trouvé leur place dans ce jardin. Elles côtoient plusieurs arbres remarquables entretenus avec soin par les jardiniers.
Le jardin Godron expérimente également l’utilisation de laine de mouton comme paillage. À plus long terme, l’un des principaux enjeux consiste à déterminer quelles espèces capables de supporter les fortes chaleurs pourront également résister aux hivers parfois rigoureux du Grand Est.
La question se pose notamment pour les sapins des Vosges : pourront-ils survivre à la répétition des sécheresses et des épisodes de chaleur intense ? Des organismes comme l’Office national des forêts et les instituts de recherche travaillent sur le terrain pour observer les évolutions, mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre, expérimenter différentes solutions et identifier des pistes d’adaptation.
