Elle se nomme viorne de Corée, viorne de Carle ou encore viburnum carlesii et de nombreux médias la présentent déjà comme l’arbuste qui pourrait détrôner l’hortensia. Un peu sceptique (on parle de l’hortensia tout de même !), j’ai entrepris de « mener l’enquête »…
Pourquoi l’hortensia pose question face à la sécheresse
L’hortensia est un classique de nos jardins avec sa floraison abondante et sa palette de couleurs allant du bleu lavande ou clair au rose pâle ou fuchsia, du mauve au violet en passant par l’éternel blanc.
Mais celui que les jardiniers avertis nomment l’hydrangea (du grec hydro : « eau ») a soif, c’est indiscutable ! Ses grandes feuilles et ses larges inflorescences évaporent beaucoup d’eau qu’il est nécessaire de compenser. Adulte en pleine terre, il réclame un arrosage copieux deux à trois fois par semaine en été et davantage encore en pot, où il est plus vulnérable. Alors quand la chaleur assèche rapidement le sol en période de fortes chaleurs, il arrive qu’il fasse la tête le soir-même malgré un emplacement idéal : sol frais et bien drainé, mi-ombre. Ajoutez les restrictions d’eau locales et l’arrosage devient un casse-tête.

C’est ce qui est arrivé au mien dont les inflorescences normalement blanches sont restées petites, vertes puis… marron, complètement brûlées. Après avoir crié « Ô rage, ô désespoir ! », il m’a fallu mieux le comprendre et rebondir…
La plante qui a plus d’un tour dans sa sève !
La viorne de Corée est déjà perçue comme la plante qui remplacera l’hortensia dans un avenir où le climat change. Pourquoi cette idée ? Le viburnum carlesii se contente d’un sol ordinaire, bien drainé et plutôt frais, au soleil ou à la mi-ombre. En somme, c’est un arbuste peu capricieux.
Pour autant, sa résistance reste à nuancer… Ce n’est pas une plante de jardin sec, elle nécessite un arrosage moyen à important (tous les 7 à 10 jours environ) la première année pour faciliter son enracinement, et il ne vaut mieux pas l’oublier en période de sécheresse, même s’il est vrai qu’elle la supporte mieux que l’hortensia. Un paillage lui sera également favorable pour maintenir l’humidité du sol. Petite parenthèse… si je devais retenir une seule astuce jardinage, ce serait pailler le sol, un geste devenu spontané lorsque je plante en pleine terre !
La carte maîtresse de la viorne de Corée ? Une jolie présence ornementale au fil des saisons avec ses fleurs très parfumées au printemps, suivies de baies passant du rouge au noir (comestibles uniquement par les oiseaux) et un feuillage rougeoyant à l’automne.
Planter, entretenir, admirer…
Nous sommes début octobre, c’est la bonne fenêtre pour l’installer en pleine terre ! Selon Promesse de fleurs, la meilleure période se situe en octobre-novembre ou en mars-avril. Côté taille, rien de plus simple : une fois par an, après sa floraison, pour maintenir une silhouette équilibrée et ôter le bois mort. L’hortensia, lui, est un peu plus strict : taille des inflorescences fanées en fin d’hiver au-dessus des bourgeons, retrait du bois mort et taille de structure pour une floraison harmonieuse.
Question « gabarit », certains hortensias et la viorne de Corée peuvent atteindre des dimensions assez similaires, selon les variétés. D’après la Royal Horticultural Society, le viburnum carlesii peut mettre 10 à 20 ans pour atteindre sa maturité, contre 5 à 10 ans pour certains hortensias. Dans les deux cas, les arbustes offrent de belles floraisons après quelques années.

Alors, après avoir analysé les deux plantes, vient la question fatidique : faut-il définitivement dire adieu à nos énormes pompons ?
La viorne de Corée remplacera-t-elle réellement l’hortensia dans nos jardins ?
Inutile de faire durer le suspense : remplacer, probablement pas. Compléter un jardin oui !
Lorsque la presse jardin évoque le « remplacement » de l’hortensia, l’affirmation ne repose, à ma connaissance, sur aucune étude concrète. Elle souhaite surtout mettre en avant des plantes moins gourmandes en eau en période de sécheresse, un problème qui touche, faut-il le rappeler, la planète entière. Mais on oublie de dire que le genre hydrangea compte plus de 70 espèces dont certaines résistent mieux à la chaleur : les paniculata et quercifolia tolèrent mieux la sécheresse une fois leur racines bien établies. Selon Promesse de fleurs, hydrangea quercifolia ‘Gatsby Star’ est peu exigeant et hydrangea paniculata ‘Fraise Melba’ supporterait le soleil et une sécheresse modérée. De sérieux concurrents pour la viorne ! Mais sous ses airs de plante (presque) parfaite, celle-ci a ses limites : sa floraison dure « seulement » jusqu’à deux semaines environ, là où l’hortensia nous offre une fête florale tout l’été. Enfin normalement…
Je comprends parfaitement que la viorne de Corée ait de beaux étés devant elle avec un climat changeant. Mais si mon hortensia, comme le vôtre, prospère, pourquoi le supprimer ? Une chose est certaine, depuis que j’ai débuté cet article, je n’ai qu’une envie, planter une viorne face à mon hortensia !
