El Hierro : arbres fontaines modernes par le Medio Ambiente

 

Les techniciens de terrain du Medio Ambiente collectent avec succès l’eau du brouillard d’actuels arbres fontaines dans le secteur du village d’éleveurs de San Andrés, dans une localité proche du Garoé.
Le secteur de l’écologie (Medio Ambiente) dépend de l’administration insulaire soit le Cabildo aux Canaries. Don : Juan Carlos Hernández et clichés de 2014 pris sur El Hierro.

El Hierro 100% ENR : un exemple pour les médias français

Après des années de travail dans l’ombre, les gens œuvrant sur El Hierro ou les énergies renouvelables sont satisfaits de voir leur labeur reconnu y compris dans les médias français qui se sont massivement mobilisés, à la suite du démarrage de la centrale hydro-éolienne le 27 juin. Cette mobilisation n’a pas cessé en juillet et août, des mois particulièrement calmes quant à l’actualité politicienne et qui permettent aux journalistes soit de ressortir des marronniers et autres serpents de mer soit de traiter des questions de fond.
Ainsi, pour ces dernières, se furent tour à tour des médias aussi variés que les suivants qui nous accompagnèrent autour d’El Hierro 100% ENR (énergies renouvelables) :
Europe 1, la radio généraliste avec une vidéo en espagnol à la clef, le 8 juillet ;
Rue89, le “pure playerle 19 juillet par la plume de son cofondateur et rédacteur-en-chef ;
France 24,  la chaîne de télévision d’information internationale française en continu et avec une autre vidéo à la clef, le 20 août ;
Agoravox, le site du journaliste-citoyen qui reprend les deux vidéos précédentes, le 21 août.
Je dois en oublier et donc vous m’excuseriez par avance mais, à tous, un grand merci.

El Hierro, réservoir inférieur de la centrale hydraulique. Construction achevée, janvier 2013. La photographie mise en avant représente le même objet sous un autre angle. Clichés: A. Gioda, IRD
El Hierro, réservoir inférieur de la centrale hydraulique. Construction achevée, janvier 2013. La photographie mise à la une représente toujours ce réservoir mais sous un autre angle. © A. Gioda, IRD.

 

 

Uruguay : Andrés Acosta, l’homme qui plantait les attrape-brouillard

Andrés Acosta Baladón ou encore “El Chueco”  nous a quitté le 11 juillet dernier.
Pour moi qui le connaissais depuis trente ans, Andrés restera le guérillero scientifique des attrape-brouillard et, de façon plus large, le guérillero de  la lutte contre la désertification dans les zones arides et marginales. C’est donc, au titre des attrape-brouillard, un pionnier de ceux que l’on appelle, de nos jours,  pompeusement les NTE (les Nouvelles Technologies Environnementales) au sein des études sur les énergies renouvelables.

Sur le terrain au début des années 70, Andrés Acosta Baladón (à gauche) dans le vignoble de la Geria, sur l’île de Lanzarote aux Canaries (cliché de son ouvrage “Cultivos enarenados”, INM, Madrid, 1973).

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El Hierro : après l’inauguration de la centrale 100% ENR

La vie a repris sa routine sur l’île d’El Hierro après un évènement, l’inauguration de la centrale hydro-éolienne et donc la quête réussie du 100% ENR, qui, à l’échelle d’un confetti océanique, ne peut se comparer à rien d’autre dans les siècles précédents. Il faudrait remonter le temps jusqu’à l’arbre fontaine ou Garoé des aborigènes, soit bien avant la conquête de l’île en 1405 par Jean IV de Béthencourt,  pour retrouver tant de puissante originalité.
Au XXème siècle, il est difficile de mettre à pareil niveau le Mirador de la Peña. Ce dernier, couplé à un restaurant gastronomique géré par l’administration locale qui contrôle ses prestations, fut créé par l’architecte et plasticien César Manrique, dans la seconde moitié des années 1980. Le Mirador de la Peña concrétise, par sa qualité et son heureuse intégration dans la nature et le site grandiose, le tourisme choisi, tel un des objectifs de la communauté insulaire. Continuer la lecture

El Hierro et son arbre fontaine : Garoé ou Arbre Saint ?

L’arbre fontaine, celui qui recueillait l’eau du brouillard, était le Garoé en langue guanche, le seul idiome parlé sur l’île jusqu’en 1405, lorsque El Hierro était peuplée de quelques centaines voire de quelques milliers de descendants de Berbères. Cette langue a disparu car aucun dictionnaire bilingue n’a été fait ou conservé. Il n’en subsiste que quelques mots et des toponymes.

Pétroglyphes des Guanches d'El Hierro appelés les Bimbaches. Seuls témoignages gravés sur l'île de leur présence. El Julian, mars 2014. Cliché : A. Gioda, IRD.
Pétroglyphes des Guanches d’El Hierro appelés les Bimbaches. Seuls témoignages gravés sur l’île de leur présence. Los Letreros, El Julian, mars 2014. © A. Gioda, IRD.

La conquête d’El Hierro en 1405 et de plusieurs îles des Canaries, à partir de 1402, fut faite par Jean IV de Béthencourt, un noble normand du grand port de Honfleur (inclus dans l’agglomération du Havre de nos jours), commissionné par la couronne de Castille. Ce conquérant – localement appelé un conquistador, un nom qui passera à la postérité – avait bénéficié d’une longue trêve (1388-1411) de  la Guerre de Cent Ans qui bloqua ensuite le commerce florissant de Honfleur, à la suite de deux défaites françaises en baie de Seine (1416-17). Jean IV de Béthencourt recherchait l’orseille, un colorant violet (d’où son autre nom de pourpre française), extrait du grand lichen rupestre Roccella tinctoria, abondant aux Canaries et qui était fort prisé  en teinturerie en en chimie jusqu’à 1850. Des lichens s’utilisent encore en Ecosse pour colorer, de façon traditionnelle et maintenant luxueuse, la laine des kilts. Continuer la lecture

Auschwitz et le brouillard : “Si c’est un homme ” de Primo Levi

Il y a un temps pour lire et un autre pour réfléchir avant d’agir.
Un livret fort que “Si c’est un homme” de Primo Levi, presque un reportage car “aucun des faits rapportés n’est inventé”, selon ses mots. Tout est dans le mot “presque” car il brûle, ce livret tel le feu sous la cendre. Durant l’hiver 1946-1947, l’auteur raconte et analyse la captivité et les travaux forcés d’un certain Primo Levi, un partisan juif italien envoyé en février 1944, textuellement comme un objet, à Auschwitz, le plus célèbre car le plus sinistrement efficace des grands camps polonais d’extermination de la Seconde guerre mondiale. Primo Levi en ressortira vivant, grâce à sa débrouillardise et son intelligence, en janvier 1945. Néanmoins, la chance avait été aussi de son côté, dès le premier jour, quand il y avait été évalué sommairement (en quelques secondes) jeune et utile. Primo Levi admit aussi avoir survécu parce que sa déportation advint lors du crépuscule de l’Etat nazi, déjà délabré en 1944. Egalement il survécut parce que la libération de son camp par l’Armée rouge se fit assez vite le 27 janvier 1945 et que, malade, il ne put être évacué après le 17 de ce mois, évitant ainsi de participer dans la neige à “la marche vers  la mort” d’Auschwitz vers Loslau de près de 70 000 déportés, poussés par les SS fuyant eux-même les Russes. Continuer la lecture

HIERRO SUR TF1 : LA CENTRALE HYDRO-EOLIENNE MARCHE BIEN

 

La chaîne de télévision TF1 a  réalisé un court reportage qui est passé sur le petit écran, après l’inauguration le 27 juin de la centrale hydro-éolienne de Gorona del Viento. C’est ici et vous m’excuseriez si le lien n’était pas durable mais les images d’actualités ne sont pas toujours archivées pour les utilisateurs non payants par les chaînes de télévision. Il devrait en rester toutefois une trace écrite sur le site de TF1.
La nouvelle de cette avancée technique vers l’autonomie énergétique et dans la lutte contre le réchauffement climatique a pu parvenir, sinon partout, du moins dans beaucoup de foyers en France.

El Hierro et le 27 juin : la fête de l’indépendance énergétique

Le 27 juin 2014, l’indépendance énergétique d’El Hierro sera proclamée dans une ambiance festive et l’île sera définitivement la vitrine espagnole des énergies renouvelables. Je profite de cette belle chose pour faire un résumé personnel sans renvoi qui briserait la lecture et sans surlignage ou mise en italique.

Laissés de côté depuis les années 1960 par le boom touristique de l’archipel des Canaries, les représentants élus de l’île d’El Hierro (270 km2, 10 000 habitants aujourd’hui) se trouvèrent, une vingtaine d’années plus tard, face à la volonté expansionniste de l’armée espagnole. Cette dernière cherchait d’y agrandir son emprise foncière afin d’installer des radars, profitant de sa position géographique avancée dans l’Atlantique et de la clarté de ses ciels due à la faiblesse de sa population et des activités humaines. Continuer la lecture

El Hierro : L’arbre fontaine, la métaphore du 100% ENR

Tomás Padrón est l’ancien président du Cabildo insulaire d’El Hierro qu’il dirigea pendant plus de vingt années, jusqu’en 2011, et l’animateur infatigable de la transition énergétique depuis des décennies. Il a publié fin 2013, dans le journal de référence de Tenerife El Diario de Avisos”, un article dans lequel l’arbre fontaine des Guanches et des XVème et XVIème siècles est la métaphore de la centrale hydro-éolienne qui devient ainsi le nouveau Garoé et l’arbre fontaine du XXIème siècle. Depuis, cette métaphore ou cette image sont illustrées dans un grand panneau de l’aéroport insulaire.

Panneau figurant la filiation de la nouvelle centrale hydro-éolienne avec l'ancien arbre fontaine ou Garoé. Mars 2014. Aéroport d'El Hierro. Cliché : A. Gioda, IRD.
Panneau figurant la filiation de la nouvelle centrale hydro-éolienne avec l’ancien arbre fontaine ou Garoé. Mars 2014. Aéroport d’El Hierro. © A. Gioda, IRD.

Comment cela est-ce possible ?

“Dans les domaines de l’environnement, il s’avère souvent très judicieux de tenir en compte les techniques et des expériences ancestrales. Elles contribuent aussi à conforter la légitimité des communautés sur leur territoire, sur leurs  savoirs et leur patrimoine parfois oublié face aux pressions prédatrices de la mondialisation” (Sciences au Sud, 2014, n°73,  p. 8). Ce sont à peu près mes mots dans mon Habilitation à Diriger les Recherches de 2005 et que j’ai repris en conclusion dans ma fiche de présentation de ce blog. Rien de fort original, par conséquent de ma part, sauf peut-être la compréhension de la nécessité de construire des contes et des sagas dans les sociétés rurales et pastorales isolées où les médias écrits et visuels ne sont ou n’étaient pas diffusés. Dans l’isolement du Tiers-Monde (un terme obsolète mais qui reflète bien la notion de pauvreté ou de sobriété obligée), connaître L’Odyssée ou L’Iliade ou encore leurs équivalents locaux aide puissamment à donner un sens à sa vie.

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Sardaigne : un Géoparc archéo-minier et insulaire de l’Unesco

La crise sismique et volcanique à El Hierro devrait donner naissance à un Géoparc, si le projet dont le dossier a été déposé en 2013 auprès de l’Unesco (qui attribue ce label) était accepté, afin d’attirer les touristes férus de sciences et de dépaysement total. Comment transformer une chose néfaste en bonne ? Pour faire une métaphore, c’est la technique japonaise du ju-jitsu, le père des arts martiaux, qui a été choisie dont la première règle est de juger puis d’utiliser la force de l’autre pour la retourner en sa faveur.
Afin de devancer l’actualité et donc de connaître d’autres réalisations, mais toujours sur une île d’un pays d’Europe méridionale, j’ai parcouru en octobre 2013 et avril 2014 une partie du Géoparc de la Sardaigne. L’héritage minier de la Sardaigne a été transformé en Géoparc d’archéologie industrielle couvrant huit grands sites ; l’extraction partout est arrêtée depuis une bonne vingtaine d’années pour les dernières grandes mines. Continuer la lecture

« Les climats, les saisons, les sons, les couleurs, l'obscurité, la lumière , les éléments, les aliments, le bruit, le silence, le mouvement, le repos, tout agit sur notre machine, et sur notre âme . » Jean-Jacques Rousseau, Les confessions.