El Hierro : après l’inauguration de la centrale 100% ENR

La vie a repris sa routine sur l’île d’El Hierro après un évènement, l’inauguration de la centrale hydro-éolienne et donc la quête réussie du 100% ENR, qui, à l’échelle d’un confetti océanique, ne peut se comparer à rien d’autre dans les siècles précédents. Il faudrait remonter le temps jusqu’à l’arbre fontaine ou Garoé des aborigènes, soit bien avant la conquête de l’île en 1405 par Jean IV de Béthencourt,  pour retrouver tant de puissante originalité.
Au XXème siècle, il est difficile de mettre à pareil niveau le Mirador de la Peña. Ce dernier, couplé à un restaurant gastronomique géré par l’administration locale qui contrôle ses prestations, fut créé par l’architecte et plasticien César Manrique, dans la seconde moitié des années 1980. Le Mirador de la Peña concrétise, par sa qualité et son heureuse intégration dans la nature et le site grandiose, le tourisme choisi, tel un des objectifs de la communauté insulaire. Continuer la lecture

El Hierro et son arbre fontaine : Garoé ou Arbre Saint ?

L’arbre fontaine, celui qui recueillait l’eau du brouillard, était le Garoé en langue guanche, le seul idiome parlé sur l’île jusqu’en 1405, lorsque El Hierro était peuplée de quelques centaines voire de quelques milliers de descendants de Berbères. Cette langue a disparu car aucun dictionnaire bilingue n’a été fait ou conservé. Il n’en subsiste que quelques mots et des toponymes.

Pétroglyphes des Guanches d'El Hierro appelés les Bimbaches. Seuls témoignages gravés sur l'île de leur présence. El Julian, mars 2014. Cliché : A. Gioda, IRD.
Pétroglyphes des Guanches d’El Hierro appelés les Bimbaches. Seuls témoignages gravés sur l’île de leur présence. Los Letreros, El Julian, mars 2014. © A. Gioda, IRD.

 

La conquête d’El Hierro en 1405 et de plusieurs îles des Canaries, à partir de 1402, fut faite par Jean IV de Béthencourt, un noble normand du grand port de Honfleur (inclus dans l’agglomération du Havre de nos jours), commissionné par la couronne de Castille. Ce conquérant – localement appelé un conquistador, un nom qui passera à la postérité – avait bénéficié d’une longue trêve (1388-1411) de  la Guerre de Cent Ans qui bloqua ensuite le commerce florissant de Honfleur, à la suite de deux défaites françaises en baie de Seine (1416-17). Jean IV de Béthencourt recherchait l’orseille, un colorant violet (d’où son autre nom de pourpre française), extrait du grand lichen rupestre Roccella tinctoria, abondant aux Canaries et qui était fort prisé  en teinturerie en en chimie jusqu’à 1850. Des lichens s’utilisent encore en Ecosse pour colorer, de façon traditionnelle et maintenant luxueuse, la laine des kilts. Continuer la lecture

Auschwitz et le brouillard : « Si c’est un homme  » de Primo Levi

Il y a un temps pour lire et un autre pour réfléchir avant d’agir.
Un livret fort que « Si c’est un homme » de Primo Levi, presque un reportage car « aucun des faits rapportés n’est inventé », selon ses mots. Tout est dans le mot « presque » car il brûle, ce livret tel le feu sous la cendre. Durant l’hiver 1946-1947, l’auteur raconte et analyse la captivité et les travaux forcés d’un certain Primo Levi, un partisan juif italien envoyé en février 1944, textuellement comme un objet, à Auschwitz, le plus célèbre car le plus sinistrement efficace des grands camps polonais d’extermination de la Seconde guerre mondiale. Primo Levi en ressortira vivant, grâce à sa débrouillardise et son intelligence, en janvier 1945. Néanmoins, la chance avait été aussi de son côté, dès le premier jour, quand il y avait été évalué sommairement (en quelques secondes) jeune et utile. Primo Levi admit aussi avoir survécu parce que sa déportation advint lors du crépuscule de l’Etat nazi, déjà délabré en 1944. Egalement il survécut parce que la libération de son camp par l’Armée rouge se fit assez vite le 27 janvier 1945 et que, malade, il ne put être évacué après le 17 de ce mois, évitant ainsi de participer dans la neige à « la marche vers  la mort » d’Auschwitz vers Loslau de près de 70 000 déportés, poussés par les SS fuyant eux-même les Russes. Continuer la lecture

HIERRO SUR TF1 : LA CENTRALE HYDRO-EOLIENNE MARCHE BIEN

 

La chaîne de télévision TF1 a  réalisé un court reportage qui est passé sur le petit écran, après l’inauguration le 27 juin de la centrale hydro-éolienne de Gorona del Viento. C’est ici et vous m’excuseriez si le lien n’était pas durable mais les images d’actualités ne sont pas toujours archivées pour les utilisateurs non payants par les chaînes de télévision. Il devrait en rester toutefois une trace écrite sur le site de TF1.
La nouvelle de cette avancée technique vers l’autonomie énergétique et dans la lutte contre le réchauffement climatique a pu parvenir, sinon partout, du moins dans beaucoup de foyers en France.

El Hierro et le 27 juin : la fête de l’indépendance énergétique

Le 27 juin 2014, l’indépendance énergétique d’El Hierro sera proclamée dans une ambiance festive et l’île sera définitivement la vitrine espagnole des énergies renouvelables. Je profite de cette belle chose pour faire un résumé personnel sans renvoi qui briserait la lecture et sans surlignage ou mise en italique.

Laissés de côté depuis les années 1960 par le boom touristique de l’archipel des Canaries, les représentants élus de l’île d’El Hierro (270 km2, 10 000 habitants aujourd’hui) se trouvèrent, une vingtaine d’années plus tard, face à la volonté expansionniste de l’armée espagnole. Cette dernière cherchait d’y agrandir son emprise foncière afin d’installer des radars, profitant de sa position géographique avancée dans l’Atlantique et de la clarté de ses ciels due à la faiblesse de sa population et des activités humaines. Continuer la lecture

El Hierro : L’arbre fontaine, la métaphore du 100% ENR

Tomás Padrón est l’ancien président du Cabildo insulaire d’El Hierro qu’il dirigea pendant plus de vingt années, jusqu’en 2011, et l’animateur infatigable de la transition énergétique depuis des décennies. Il a publié fin 2013, dans le journal de référence de Tenerife « El Diario de Avisos », un article dans lequel l’arbre fontaine des Guanches et des XVème et XVIème siècles est la métaphore de la centrale hydro-éolienne qui devient ainsi le nouveau Garoé et l’arbre fontaine du XXIème siècle. Depuis, cette métaphore ou cette image sont illustrées dans un grand panneau de l’aéroport insulaire.

Panneau figurant la filiation de la nouvelle centrale hydro-éolienne avec l'ancien arbre fontaine ou Garoé. Mars 2014. Aéroport d'El Hierro. Cliché : A. Gioda, IRD.
Panneau figurant la filiation de la nouvelle centrale hydro-éolienne avec l’ancien arbre fontaine ou Garoé. Mars 2014. Aéroport d’El Hierro. © A. Gioda, IRD.

Comment cela est-ce possible ?

« Dans les domaines de l’environnement, il s’avère souvent très judicieux de tenir en compte les techniques et des expériences ancestrales. Elles contribuent aussi à conforter la légitimité des communautés sur leur territoire, sur leurs  savoirs et leur patrimoine parfois oublié face aux pressions prédatrices de la mondialisation » (Sciences au Sud, 2014, n°73,  p. 8). Ce sont à peu près mes mots dans mon Habilitation à Diriger les Recherches de 2005 et que j’ai repris en conclusion dans ma fiche de présentation de ce blog. Rien de fort original, par conséquent de ma part, sauf peut-être la compréhension de la nécessité de construire des contes et des sagas dans les sociétés rurales et pastorales isolées où les médias écrits et visuels ne sont ou n’étaient pas diffusés. Dans l’isolement du Tiers-Monde (un terme obsolète mais qui reflète bien la notion de pauvreté ou de sobriété obligée), connaître L’Odyssée ou L’Iliade ou encore leurs équivalents locaux aide puissamment à donner un sens à sa vie.

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Sardaigne : un Géoparc archéo-minier et insulaire de l’Unesco

La crise sismique et volcanique à El Hierro devrait donner naissance à un Géoparc, si le projet dont le dossier a été déposé en 2013 auprès de l’Unesco (qui attribue ce label) était accepté, afin d’attirer les touristes férus de sciences et de dépaysement total. Comment transformer une chose néfaste en bonne ? Pour faire une métaphore, c’est la technique japonaise du ju-jitsu, le père des arts martiaux, qui a été choisie dont la première règle est de juger puis d’utiliser la force de l’autre pour la retourner en sa faveur.
Afin de devancer l’actualité et donc de connaître d’autres réalisations, mais toujours sur une île d’un pays d’Europe méridionale, j’ai parcouru en octobre 2013 et avril 2014 une partie du Géoparc de la Sardaigne. L’héritage minier de la Sardaigne a été transformé en Géoparc d’archéologie industrielle couvrant huit grands sites ; l’extraction partout est arrêtée depuis une bonne vingtaine d’années pour les dernières grandes mines. Continuer la lecture

El Hierro 100% ENR : une entrevue sur Radio Canada le 17 mai

Une entrevue sur Radio Canada, le 17 mai à partir de 9 h 14, avec la journaliste Karine Morin, basée à Winnipeg, dans le cadre de l’émission hebdomadaire Les samedis du monde produite par Robert Boucher. Pendant vingt bonnes minutes, nous avons parlé de l’île d’El Hierro grâce à son projet quasi finalisé 100% ENR (énergies renouvelables).

C'est la réplique d'une église de Lanzarote (île des Canaries) qui abrite l'usine de dessalement de Valverde dont on voit les tubes pour l'osmose inverse dans l'image à la une. Zone de l'aéroport d'El Hierro. Cliché : A. Gioda, IRD.
C’est une quasi-réplique d’une église de Lanzarote (Yaiza sur une autre île des Canaries) qui abrite l’usine de dessalement de Valverde dont on voit les tubes pour l’osmose inverse dans l’image à la une. Zone de l’aéroport d’El Hierro. © A. Gioda, IRD.

 

 

El Hierro : ceux qui firent réalité l’utopie ou plutôt le rêve

El Hierro. Modèle numérique de terrain (MNT) par Christian Deprateare. Cliché : A. Rival, IRD-Cirad.
L’île d’El Hierro vue du Golfo de Frontera. Modèle numérique de terrain (MNT) daté de 1993 de Christian Depraetere © : A. Rival, IRD.

El Hierro, avec ses 10 000 habitants, n’est pas Utopia, l’île virtuelle et vertueuse créée dans la tête de l’humaniste Thomas More (1485-1535), mais seulement un lieu où élus et population ont décidé d’accorder idées, actes et réalisations. L’importance des leaders est à souligner, tant que moteurs du développement durable, mais, en regardant leur cheminement, il est facile de voir que ces personnalités ont souvent voire toujours évolué en tandem et en équipe. Ensuite, il faut rappeler qu’historiquement, sur El Hierro, la transition écologique est antérieure à celle énergétique, avec deux dates à retenir : l’an 2000, pour la première, et 2014, pour la seconde. Je vais évoquer quelques tandems qui, au fil du temps, depuis les années 1970 ont marché sur El Hierro, aux Canaries et à Bruxelles. Continuer la lecture

El Hierro 27 juin : inauguration de la centrale hydro-éolienne

NOUVELLE FLASH : inauguration officielle le 27 juin avec la cérémonie (en espagnol).

Panneau explicatif de la centrale 100% ENR El Hierro installé au niveau du réservoir supérieur. © A. Gioda, IRD.

Cette cérémonie sera précédée, les 25 et 26 juin à El Hierro, par un colloque Unesco. Pour plus d’informations à ce sujet, vous liriez sur le site de l’Unesco l’article correspondant sur www.renforus.net.
La société mixte, dans laquelle les autorités insulaires ont le premier rôle et qui est derrière la centrale dès sa conception depuis la fin de l’année 2004, a pris le nom de Gorona del Viento en hommage aux bergers de l’île. Ces derniers, tout comme sur les autres îles hautes des Canaries, sont célèbres dans l’histoire pour leurs acrobaties, faites avec un long bâton d’appui de la taille et de la forme d’une lance, face aux abimes des volcans afin de regrouper leurs chèvres égarées,  leur langage sifflé maintenant reconnu, protégé et diffusé, et ils bâtissaient traditionnellement des abris circulaires en pierre sèche (les goronas) pour se protéger du vent. La société de la nouvelle centrale hydro-éolienne a repris ce dernier nom afin de s’inscrire durablement dans l’histoire et aussi parce que les goronas sont liées au vent et que leur forme ronde, telle une couronne, se retrouve dans le cercle décrit par les éoliennes sans oublier le dessin des turbines hydrauliques.

Une gorona en ruine au premier plan. C'était un abri des anciens bergers contre le vent de forme circulaire et monté en pierre sèche. Celui-ci s'appuie en partie sur la roche en place. El Julian,  El Hierro. Cliché : A. Gioda, IRD.
Une gorona en ruine au premier plan. C’était un abri contre le vent des pasteurs, de forme circulaire, et monté en pierre sèche. Cette gorona s’appuie en partie sur la roche en place. El Julian, El Hierro. © A. Gioda, IRD.

 

 

« Les climats, les saisons, les sons, les couleurs, l'obscurité, la lumière , les éléments, les aliments, le bruit, le silence, le mouvement, le repos, tout agit sur notre machine, et sur notre âme . » Jean-Jacques Rousseau, Les confessions.