Le Monde : la Nature, les Prix Pictet, Andy Goldsworthy et Arte Sella

C’est l’été en France soit la saison propice afin d’organiser des manifestations culturelles dans le Midi, vu l’afflux des touristes, et inversement pour sortir des films pointus, tel Penché par le vent, au sujet d’Andy Goldsworthy  et de son œuvre dans le land art. Deux événements estivaux qui nous permettent d’évoquer la Nature avec un grand N, afin de la défendre et de l’illustrer, en reprenant le motto (la devise en italien) ou le titre le plus fameux de La Pléiade du XVIe siècle, comme Joachim du Bellay le faisait pour la langue française.
Ici, d’abord, je parlerai des Rencontres Photographiques d’Arles, dans les Bouches-du-Rhône. En leur sein, se trouve abritée la rétrospective partielle des Prix Pictet sur le développement durable qui prolonge une précédente exposition, s’étant tenue en 2014. Ce prix photographique fut créé en 2008, par le Groupe suisse Pictet, opérant dans le secteur de la banque privée, et il est décerné, chaque année, depuis dix ans. Quoi de mieux que le choc des images pour montrer la dégradation de l’environnement par l’homme afin de sensibiliser les masses (mais maintenant on dit le grand public) à la prégnance d’une écologie roborative, éloignée des petites fleurs.

Le Dust Bowl chinois de 2006-2008. Oasis de Wuwei, Corridor de Hexi, Gansu, Chine. © Benoît Aquin, Prix Pictet 2008, tiré de son livre Far East, Far West de 2009.

C’est ce que font les photographes, issus de nombreux pays du Monde, qui concourent pour obtenir le Prix Pictet, doté de 100 000 francs suisses.

Enfin, quelque argent a posteriori pour récompenser la démarche de la défense de l’environnement, qui, bien souvent, avait démarré chez les artistes avec une éthique exigeante et quasi-franciscaine, voire spartiate, comme celle de l’Arte Povera.

Samedi 20 juillet, je suis donc allé dans la ville d’Arles dans la friche industrielle réhabilitée des anciens grands ateliers des chemins de fer du PLM puis de la SNCF.  Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la greffe de l’industrie ferroviaire fut violente dans le paysage urbain d’Arles entraînant la destruction partielle de la grande nécropole romaine et médiévale des Alyscamps.

Vincent Van Gogh – Les wagons de chemin de fer, août 1888. Sans doute, ils ont été peints à Arles où l’artiste vivait alors. © Fondation Angladon-Dubrujeand, Avignon.

Plus précisément la rétrospective de sept anciens Prix Pictet, choisis parmi les plus emblématiques par le commissaire de l’exposition,  est abritée, un peu à l’écart, dans La Croisière. Cette dernière n’est qu’un ensemble des maisons de faubourg délabrées dont les œuvres meublent le vide des pièces à vivre abandonnées, au croisement des boulevards Victor-Hugo et Emile-Combes, en contrebas des arènes. La rétrospective des anciens Prix Pictet occupe la dernière partie d’un espace labyrinthique. Les photographies présentées à La Croisière sont bien trop peu nombreuses mais j’ai pu les voir en taille réelle et ce sont des grands formats.
Mitch Epstein, le nord-américain dépeint la violence industrielle des installations énergétiques géantes dans les paysages de son pays, particulièrement dans les petites villes  (voir et écouter sa conférence en anglais). L’artiste n’est représenté que par deux clichés super size, selon ses mots, extraites de la série Croissance.

Tours de la centrale électrique thermique géante d’Amos, fonctionnant au charbon, et leur smog, juste derrière un lotissement de la petite ville de Raymond City. Virginie Occidentale, USA, 2004. © Mitch Epstein, Prix Pictet 2011 pour le développement durable.

Toutefois, en lisant la fiche de présentation de l’artiste, j’ai appris que le violoncelliste de New York Erik Friedlander avait travaillé avec Mitch Epstein autour de son livre de photographies American Power, sorti en 2009 mais qui synthétise une tâche commencée en 2003, afin de l’illustrer de façon sonore. Leur collaboration a donné lieu à un disque sobrement intitulé lui aussi American Power, édité en 2012. En voici à écouter et à voir un morceau qui est en ligne, le mouvement #6 de la suite American Power, et la présentation par eux-même de leur travail en commun. Tout comme un autre violoncelliste Giovanni Sollima, impliqué dans la lutte contre le réchauffement climatique, Erik Friedlander  apporte sa pierre à un monde ayant plus de sens.
Il y a six autres artistes, lauréats des Prix Pictet, dans cette exposition à La Croisière dont vous pouvez observer des œuvres dans des portfolios notamment ceux offerts lors d’une précédente rétrospective, toujours à Arles mais en 2014 dans l’ancien Atelier Electrique :

L’exposition de la rétrospective 2018 des Prix Pictet est ouverte à Arles jusqu’au 23 septembre.
Je suis toujours l’actualité avec la sortie, en France au cinéma le 18 juillet, d’un film documentaire dédié à Andy Goldsworthy. Il s’agit d’un artiste dont je connaissais, dans les Alpes de Provence, le travail proche des activités d’un paysan, d’un bucheron ou d’un terrassier, tout en étant allié à une puissance poétique. Vous pourriez visionner la bande-annonce (le trailer en anglais) de Penché par le vent.  Andy Goldsworthy, le film de Thomas Riedelsheimer, son complice depuis des décennies. La bande-annonce du film permet de saisir la démarche de l’artiste qui parcourt la Terre : donner un sens au monde notamment en vivant et en dormant au contact physique et dans la nature minérale et végétale. Elle est accompagnée de trois extraits autorisés du film que j’ai pus extraire de la Toile : La traversée du mur, Les voûtes de Saint-Louis (Missouri, USA) et Barrages. L’ensemble baigne dans la musique expérimentale de Fred Frith. Ce musicien anglais, pop à l’origine, avait déjà collaboré, avec Andy Goldsworthly et le cinéaste allemand Thomas Riedelsheimer, au film, tourné vers l’eau sous toutes ses formes, Rivers and Tides (2001). Primé plusieurs fois, ce documentaire (en anglais mais les mots comptent moins que les bruits) est en ligne en deux sections dont voici les première et seconde parties.

Hanging Trees. Sculpture sépulture d’Andy Goldsworthy, Yorkshire Sculpture Park, West Bretton, Angleterre.  http://ma-planete.com/blog/view/id_120285/title_Les-Photographies-Land-Art-de-Andy-Goldsworthy/ Ajouté le 10/19/2017 00:00:00 par Indiana2.

Penché dans le vent, le nouveau film de l’équipe, montre que l’artiste, selon Goldsworthly, doit dévier du chemin commun, prendre des voies de traverse, une démarche difficile et très physique illustrée dans son cheminement dans les haies, leurs branches dénudées ou bien feuillues et leurs épines.

Wood Line (2011) par Andy Goldsworthy. Presidio de San Francisco, Californie, USA. www.for-site.org

Toutefois, chez Goldsworthy, bien qu’il ait choisi un autre chemin, il n’y a aucune haine envers la ville (dans le film, sa capitale, celle de l’Ecosse soit la cité d’Edimbourg), les activités et les industries de l’homme contemporain. Néanmoins, l’artiste du land art cherche les failles, les fentes, les crevasses dans le béton qui naissent de la vie et ici des conséquences du cheminement vigoureux mais caché des racines des arbres. Cette vie ou mieux cette prégnance végétale sont soulignées par des chemins éphémères de feuilles colorées, tombées des arbres de la cité, qu’Andy Goldsworthy et sa fille Holly créent tenacement.

Pluie, escalier en pierre et chemin de feuilles par Andy et Holly Goldworthy. Edimbourg, Ecosse. Des feuilles posées pour une œuvre sans titre et éphémère qui se dissout vite sous les gouttes et le ruissellement. © The Sunday Times.

Un beau documentaire qui a reçu aussi un bel accueil critique dans Le Canard Enchaîné, Le Figaro, L’Humanité, La Croix…
Toutefois, sans doute vaut-il mieux sortir, surtout à cette belle saison, des salles obscures du cinéma et des musées branchés pour toucher du doigt et sentir de tout son corps la nature. Pour l’illustrer, toujours sur le modèle de la Pléiade et de son porte-parole inspiré Joachim du Bellay Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage… Aussi, pour conclure, je vous conseillerais d’aller visiter, immergé dans la verte nature, Arte Sella soit la montagne contemporaine, selon ses bâtisseurs, dans une vallée alpine du Trentin en Italie du Nord. Là-bas, le land art prend toute sa place même si le caractère éphémère des œuvres n’y est pas mis en avant. Notamment, vous ne manqueriez pas de visiter la cathédrale végétale, plantée et donc construite en 2011, par le regretté Giovanni Mauri. Enfin, si vous pouviez pas vous rendre cet été à Borgo Valsugana, cet édifice vivant est encore plus chouette sous la neige !

Architecture de la cathédrale végétale (2001) de Giovanni Mauri, Arte Sella, Borgo Valsugana, Trentin, Italie. © Corriere Web Milano.
Sous la neige, la cathédrale végétale de Giovanni Mauri, plantée en 2001. Arte Sella, Borgo Valsugana, Trentin, Italie. http://www.maxitendance.com/2014/12/giuliano-mauri-arbres-cathedral-cattedrale-vegetale-foret.html

La photographie, mise en avant, est tirée de la série Still Life de Valérie Belin, Prix Pictet 2015 pour le développement durable.

 

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