El Hierro : 100% énergies renouvelables le 31/01/2016

Le 31 janvier 2016, le parc éolien – en tandem avec la STEP (Station de Transfert d’Energie  par Pompage et turbinage) hydraulique – a assuré, pendant la très grande partie de la journée soit entre 5h31 et la nuit, 100% de l’électricité insulaire. Ceci, pour les 8 000 habitants permanents d’El Hierro et les touristes, à partir d’énergies renouvelables, locales et citoyennes.
Cela s’est donc passé le samedi 31 janvier 2016 (il est toujours possible de connaître au temps T la demande électrique insulaire  et les émissions de CO2 et aussi de revenir en arrière sur ce tableau de bord, comme sur un compte bancaire, en cliquant, en bas à gauche, sur le logo du tout petit calendrier puis sur « Ver fecha »).

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La demande électrique d’El Hierro le 31 janvier 2016 à 8h40. 100% EnR et, à cette heure, 100% éolien. Source : Service Electrique Espagnol.

Grâce à la société Gorona del Viento, les gens d’El Hierro ont tourné à 100% EnR jusqu’à environ 21h40 heure locale soit chez nous 22h40 (en espagnol). Là, je dormais ! Ce matin, le 1er février, le mix est différent.
Je scrute la demande de l’électricité et les émissions de C02 d’El Hierro, en liaison avec le concepteur de la centrale hydro-éolienne. Ce dernier les suit également avec le technicien ayant porté le chantier jusqu’à sa fin et il m’avait averti du passage à 100%, tôt le 31 janvier 2016. Je les connais finement grâce au réseau électrique espagnol (en anglais).  Deux choses sont importantes à mes yeux : apprécier la transparence offerte par le réseau ; et ne pas se focaliser sur la disparition quasi-immédiate du fioul car, d’abord, il faut un bon mix dans lequel la part des énergies fossiles va diminuant.
Dans le détail, retournons sur El Hierro : il y a également, à droite et en haut, le « camembert électrique » du mix énergétique et, en dessous, le graphe des émissions de CO2. Ici, on voit clairement que, à l’échelle de l’île et pour l’ensemble de son réseau électrique, il n’y a eu aucune production de CO2 le 31 janvier 2016 à partir de 5h30 et jusqu’à 21h40. C’est, à mon sens, une grande avancée pour l’ensemble des petites îles du monde entier et de certaines de plus grande taille non interconnectées. Presque toutes dépendent quasi exclusivement du charbon et du fioul. De l’ordre de 600 millions de personnes qui vivent dans les milieux insulaires sont concernées.
Mathieu Labour, ingénieur EnR – maintenant chez Urbasolar mais avec déjà un parcours professionnel au Danemark, au Groenland puis à Paris chez Wind Prospect m’avait donné son avis en août 2015. Ce dernier n’engage que lui mais il avait toutefois visité El Hierro et sa centrale en octobre 2014. Cet avis est émis seulement à partir des informations fournies par le REE (Réseau électrique espagnol) qui sont de libre accès et donc disponibles à tous.
« En effet, Alain, on se rapproche du comportement attendu et, ainsi, les moteurs thermiques se sont arrêtés. Cela fait un moment que je me demandais pourquoi ils [les techniciens de Gorona del Viento et d’Endesa] bridaient leurs éoliennes. Je pense avoir compris. Ils font du bridage pour utiliser l’éolien en base stable. Le pitch control gère les fluctuations rapides du vent pour se débarrasser du problème et pour garantir une stabilité à une puissance bien supérieure à la demande. Le pitch control est la capacité de l’éolienne de gérer sa production électrique en faisant pivoter, sur son axe, (en même temps) chacune de ses pales pour modifier sa prise au vent. Ce mécanisme fonctionne avec des moto-variateurs électriques installés dans le hub, la partie centrale, où sont fixées les 3 pales et d’où part l’axe principal. En gros, c’est l’éolienne qui s’occupe de lisser les fluctuations rapides du vent, lors des rafales en faisant pivoter ses pales, fournissant une puissance de sortie stable et évitant ainsi au réseau de subir des fluctuations déstabilisatrices.
Pour garantir aussi la stabilité du réseau, ils [les techniciens] utilisent bien le pompage pour turbiner l’eau. Les moteurs diesel, fonctionnant au fioul, restent là dans une puissance très faible (20%) afin de garantir la sécurité lors des fluctuations rapides de la consommation électrique. Le diesel est très bas dans le mix énergétique et c’est déjà une grande victoire. Pourquoi ne peuvent-ils pas utiliser exclusivement l’eau du barrage supérieur, en la turbinant ? Difficile à dire. Ce serait aisé du point de vue technique ; l’hydraulique est, par sa nature, un grand stabilisateur de réseaux « .
A
près un peu plus d’une année et demie de fonctionnement, les techniciens d’El Hierro  ont atteint les 100% EnR pendant deux jours en comptant le 9 août 2015. La route est ouverte techniquement pour aller toujours plus avant, y compris au Sud, au-delà des mers.
L’administration espagnole ici, plus précisément, celle de la Région des Canaries promotionne l’île pour ses réalisations en écologie, développement durable et énergies propres.
De façon concrète,  je serai fin février 2016 à Fuerteventura, sur une autre île des Canaries, où les autorités impulsent les EnR comme sur l’ensemble de l’archipel.

Les droits sur les illustrations en noir et blanc m’ont  été gracieusement cédés par la journaliste et photographe Alice Bomboy qui était venue assister à l’inauguration de la centrale hydro-éolienne à la fin de juin 2014. Mme Bomboy avait également photographié les activités traditionnelles et la fête faite à cette occasion.

El Hierro ; fabrication manuelle de fromages de chèvre par Sabine. Cliché : Alice Bomboy.
El Hierro ; fabrication manuelle de fromages de chèvre par Sabine à Guarazoca. Cliché : Alice Bomboy.

 

 

 

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