Lac de Varèse : les glacières et l’année 2015 en Lombardie

 

En ce jour d’Epiphanie, je vous souhaite beaucoup de cadeaux, de rêves et une Grande Année 2016.
Toutefois, il m’a été difficile de vous adresser une carte postale enneigée même après avoir passé le Col de Larche (Alpes de Haute-Provence), à près de 2 000 m d’altitude, le 20 décembre. Aussi ai-je pensé aux glacières. Ces dernières évoquent souvent, par leur image et leur fonction, le Petit Age Glaciaire (PAG) en Europe et en Amérique du Sud et elles forment un beau contraste avec le climat de notre nouvelle ère, l’Anthropocène. Ici, ce sont les glacières remontant au XVIIème siècle de Cazzago Brabbia sur le Lac de Varèse, l’un des lacs de l’Insubria (en italien), la région historique lacustre du Nord de la Lombardie (mordant aussi sur le territoire du Piémont actuel et englobant le Tessin suisse). L’Insubria (dont le nom vient du peuple celte les Insubres dominant la Gaule Cisalpine) est fameuse pour le Lac Majeur et le Lac de Côme, deux des cadres du tourisme de luxe en Italie. Le Lac de Varèse (15 km2)  est bien plus petit que ces grands voisins qui se coulent dans de larges vallées glaciaires surcreusées. Il est aussi bien moins profond – 11 m en moyenne – car le Lac de Varèse est né d’un barrage naturel formé par un cordon morainique. Cette faible profondeur a facilité le développement de la glace à l’ubac et sa collecte manuelle en surface. Les bâtiments furent construits sur le côté du lac le plus ombragé, le plus froid en hiver et frais en été, et donc à Cazzago Brabbia.

Les glacières. Cliché : A. Gioda, IRD.
Entrée d’une des trois glacières de Cazzago photographiée sous un ciel plombé et en absence totale de neige et de glace sur le lac, fin décembre 2015 . Cliché : A. Gioda, IRD.

Dans ce coin froid, il y a aussi tout près la zone industrielle de  Cassinetta di Biandronno où sont localisées entre autres de grandes usines de fabricants de « la ligne blanche » dont… les réfrigérateurs des marques Ignis puis, de nos jours, Whirpool. Peut-être y a-t-il eu un passage de témoin d’un savoir-faire local mais je ne mettrais pas ma main au feu pour défendre cette thèse.
Plus sérieusement, nous retrouvons cette collecte de la glace naturelle sur bien des lacs d’origine glaciaire et périglaciaire ainsi, par exemple en France, les glacières du Lac de Sylans, en amont de Nantua (Ain), qui alimentaient de grandes villes dont Paris et même Alger, grâce au chemin de fer, à la fin du XIXème siècle. Toutefois, en reprenant la fiche Wikipedia,  » l’apparition de la glace artificielle, le réchauffement climatique qui rendit la récolte de glace moins importante qu’auparavant et la Première Guerre Mondiale signèrent la fin de l’exploitation pendant l’hiver 1916-1917 « . Fort encaissé entre les barres de calcaire du Jura, le Lac de Sylans a la particularité de ne recevoir pratiquement jamais le soleil ce qui le distingue nettement du Lac de Nantua tout proche et qui est lui bien valorisé par le tourisme. De nos jours, le Lac de Sylans sert surtout à des fins récréatives étant bien empoissonné par les sociétés locales de pêche.
Ensuite, je voudrais aussi mettre en avant le travail de mon ancien Collègue Yann L’Hôte, fin connaisseur des études hydrologiques. Les glacières dans le sud de la France et d’ailleurs sont présentées dans une belle plaquette illustrée, publiée en 2013 et se développant sur 40 pages, qui fait partie de la série « Mémoire d’Oc » de l’association de l’UTT (Université du Tiers Temps) de Montpellier.

Sommaire du numéro 167 : 1- Introduction: le froid, la glace et les glacières – 2-Plusieurs définitions et évolution du mot « glacière » – 3-Utilité et utilisation du froid et de la glace – 4-Dans le monde, glace et glacières anciennes avant le 17e siècle -5- En France, construction d’une glacière type au 17e siècle -6-Les privilèges royaux et les acteurs dans le sud de la France : – En Provence – En Languedoc -7- Les glacières de Montpellier et quelques unes dans l’agglomération -8-Collecte, transport et vente de la glace à Montpellier et dans le sud de la France : – Le ramassage de la glace à Montpellier et dans l’agglomération – Pouvait-on récolter suffisamment de glace à Montpellier ? – La neige comme succédané, son transport depuis « la Montagne » – Conservation, extraction et vente de la glace dans le sud de la France -9- Inventaire des glacières dans le sud de la France et ailleurs : – Dans l’Hérault – Dans le Gard – Dans les Pyrénées Orientales –  Pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) – Dans le reste de la France – A l’étranger. -10-Psykters, rafraîchissoirs, sorbetières et glacières portatives :  En Grèce Antique, les « Psysters » et les amphores-Psykters – Les rafraîchissoirs – Les sorbetières – Les glacières portatives modernes -11- Epilogue et conclusion -12- Bibliographie.

J’avais eu le plaisir de collaborer avec Yann L’Hôte à propos de sa recherche biographique et des glacières de Sylans que je connaissais depuis 2001 en voisin, ayant habité à Oyonnax dans le Haut-Bugey (Ain).

Cette année 2106, au vu du sujet traité, je vous la souhaite plus fraîche que les précédentes même si je n’y crois guère. En effet, toujours dans la région de Varèse soit en Lombardie et donc en Italie du Nord l’année 2015 a été la plus chaude depuis le début des mesures météorologiques. Rien de nouveau sous le soleil puisque le phénomène fut général au niveau de la Terre. A l’Observatoire du Dôme de  Milan, la moyenne annuelle de 2015 fut de 16,2°C soit +3°C de plus que celle calculée depuis l’année 1899 selon les archives (reprises par le quotidien La Repubblica du 31/12/2015). En juillet 2015,  la moyenne des températures atteignit  les 29°C, un chiffre à comparer aux 24, 7°C « normaux » mais les autres 11 mois de l’année présentent aussi tous des valeurs supérieures aux moyennes mensuelles. La hausse des températures est couplée à la baisse des précipitations, une sécheresse qui a affecté le niveau des lacs et cours d’eau : ainsi le Pô est au plus bas (-5,6 m à Pontelagoscuro). La quasi-absence de pluie (ainsi 1,2 mm relevé pour tout le mois de décembre à Milan) s’explique aussi par le marais barométrique des hautes pressions qui n’aida pas au brassage de l’air. Bien au contraire,  le smog a gagné toute la Plaine du PôPlus généralement au niveau national, les maladies pulmonaires ont doublé en Italie dans les 25 dernières années selon l’Istituto di Fisologia Clinica du CNR. La persistance du smog,  pendant le dernier mois de l’année dans la Plaine du Pô, a rendu obligatoire l’arrêt total de la circulation automobile pendant 3 jours fin décembre (les 28, 29 et 30) dans plusieurs villes lombardes dont Milan. C’est un vrai premier pas qui montre que les problèmes du réchauffement climatique (via ceux de la santé publique) deviennent prégnants pour les responsables politiques. Le thème de la quête d’une meilleure santé publique, du fait de sa popularité, est une clef pour ouvrir la porte à une autre politique urbaine. C’est un message d’espoir que je choisis en conclusion.

La troisième et dernière glacière de Gazzago. Ces glacières n'étaient pas industrielles comme celles du lac de Sylans mais elles servaient aussi à conserver le poisson pêché localement. Cliché : A. Gioda, IRD.
La troisième et dernière glacière de Cazzago. Les glacières du lac de Varèse n’étaient pas industrielles, à l’inverse de celles du lac de Sylans, mais elles servaient aussi à conserver le poisson pêché localement. Cliché : A. Gioda, IRD.

2 réflexions sur “ Lac de Varèse : les glacières et l’année 2015 en Lombardie ”

  1. Voilà un ‘cousin’ d’outre Alpes qui va s’occuper de l’archeologie du climat ici chez nous. Bravo, Alain! c’est bien fait. Et aussi, bravo aux administrateurs/élus du Varesotto. Je ne connaissais pas encore l’existence de ces reliquats d’architecture là bas.
    En contrepartie, à mon pays presqu’à coté de la ville de Turin, on n’a fai q’effacer ou détruire ces véritables témoignages de la vie de nos ancetres. Cela en nom du ‘progrès’ années ’70….(!).

    1. Cher Collègue d’Outre-Alpes,
      Les glacières de Cazzago ont vraisemblablement bénéficié pour leur restauration du programme de récupération du Lac de Varèse (qualité de l’eau et environnement) commencé il y a des décennies et mis en marche administrativement dès 1965.
      En France , je vous signale une belle restauration de glacière du type celle de Cazzago. C’est celle du Parc de la Tourette à Eveux dans le département du Rhône dont m’a informé l’architecte Yves Perret, à la suite toujours ce billet sur celles du Lac de Varèse. La forme circulaire de ces constructions des deux côtés des Alpes est dictée par la physique afin de limiter les pertes de la glace.
      http://www.amis-arbresle.com/article.php?id_article=164

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *