Tchernobyl : La supplication de Svetlana Alexievitch Prix Nobel

Le Prix Nobel 2015 de littérature vient d’être attribué à l’écrivain et femme biélorusse Svetlana Alexievitch qui nous a offert « une œuvre forte et cohérente, cheminant à la lisière du documentaire », selon les mots du journal Le Monde – qui doit reprendre ceux du comité qui l’ont distinguée.
Svetlana Alexievitch est l’auteur de peu d’ouvrages mais très violents et entre autres de « La Supplication. Tchernobyl, chronique du monde après l’Apocalypse ». Un texte difficile à supporter, un récit à mille voix,  au sujet des conséquences physiques et mentales de la catastrophe du 26 avril 1896 sur les techniciens,  les « liquidateurs » et leurs proches de Tchernobyl (République d’Ukraine, alors en URSS).  Les dommages de la catastrophe de Tchernobyl sont particulièrement graves en Biélorussie (un pays qui n’avait pas, ironie de l’Histoire, de centrale nucléaire), surtout dans sa partie orientale, celle de Gomel, où vécut et travailla l’auteur en tant que journaliste débutante. Ils touchent, dans une moindre mesure, l’Ukraine (région de Kiev), la Russie puis le reste de l’Europe.  Toutefois, le livre est essentiellement la chronique « des sentiments face de l’inconnu » bien que les dégâts en Biélorussie soient, selon Svetlana Alexievitch en terme d’abandon de maisons, hameaux et villages, seulement comparables aux destructions massives de la Seconde guerre mondiale. Et Dieu sait si cette dernière fut cruelle dans ces mornes plaines !  « La Supplication » était un ouvrage peu connu en France jusqu’à ce jour mais qui avait fait l’effet d’une bombe en Italie, Allemagne… En italien, son titre est « Prière pour Tchernobyl » par Svetlana Aleksievic (avec une autre orthographe) et je le préfère à celui français de « La supplication » car il est plus percutant. Il renvoie à des notions religieuses telle une prose chorale et épique ou encore le roman ici utilise le procédé du registre oratoire. Je pourrais dire aussi que cet ouvrage est fort, telle l’absinthe verte, et tranchant, tel un coup de hallebarde ou de vouge et que son ton prophétique nous charrie vers notre futur. Lire son auteur est aussi indispensable  que de connaître Soljenitsyne (Prix Nobel 1970). Pourquoi ? Parce que ces deux écrivains de langue russe vont bien au-delà de la littérature.
Afin de  retrouver le climat et presque l’odeur de ce récit choral,  je recommanderais un film prémonitoire : « Stalker » d’Andreï Tarkovsky qui m’avait beaucoup marqué à sa sortie en France en 1979-80 et dont j’ai mis une image en avant de ce billet. Enfin je signale aussi « Tremblements » le reportage photographique en noir et blanc de Jean-François Devilliers,  utilisant les ressources d’anciennes versions de Photoshop Elements. Il a pour sujet les décombres de la catastrophe de Tchernobyl et, plus précisément, les ruines de la cité fantôme de Pripiat ou Pripyat qui fut abandonnée définitivement le 27 avril 1986,  en quelques heures. Les techniciens de la centrale et leurs familles qui peuplaient cette ville nouvelle, conçue et bâtie pour eux, furent évacués, un jour après l’explosion du réacteur n°4 et donc de la libération, en grande quantité, de radio-isotopes dans l’atmosphère. Le reportage photographique de Jean-François Devilliers date de la fin des années 2000.

Centrale atomique de Tchernobyl, Ukraine, années 2000. http://www.galerie-photo.com/jean-francois-devillers-tchernobyl.html
Centrale atomique de Tchernobyl, Ukraine, années 2000. http://www.galerie-photo.com/jean-francois-devillers-tchernobyl.html

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