https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Size_comparison_child_in_wind_turbine_rotor_hub_without_blades_%28enercon_e-70%29.jpg

El Hierro : les 100% EnR atteints le 9 août pendant 2 heures

Une belle photographie d’Erik Streb, généreusement mise sur Wikipedia Communs, ouvre cet article festif. Elle montre, sur El Hierro, la partie centrale – pour les techniciens, le hub – d’une éolienne de la famille des 2 MW (2.3 MW en crête), avant son montage. La photographie avait été prise en janvier 2012 et cette éolienne, l’une des cinq du parc, avait été montée le mois suivant.
Le 9 août 2015 la STEP (Station de Transfert d’Energie  par Pompage et turbinage) hydro-éolienne a assuré, pendant deux heures entre 12h30 à et 14h30, 100% de l’électricité insulaire – pour les 8 000 habitants permanents d’El Hierro et des milliers de touristes estivaux – à partir des énergies renouvelables, locales et citoyennes.
Cela s’est passé le samedi 9 août 2015 (il est toujours possible de connaître au temps T la production électrique insulaire  et aussi de revenir en arrière sur ce tableau de bord, comme sur un compte bancaire, en cliquant, en bas à gauche, sur le logo du tout petit calendrier puis sur  » Ver fecha « ).
Je scrute la production de l’électricité d’El Hierro, en liaison avec le concepteur de la centrale hydro-éolienne. Ce dernier la suit également avec le technicien ayant porté le chantier jusqu’à son démarrage et il m’avait averti du passage à 100% EnR. Je la connais finement grâce au réseau électrique espagnol (en anglais).  Deux choses sont importantes à mes yeux : apprécier la transparence offerte par le réseau ; et ne pas se focaliser sur la disparition quasi-immédiate du fioul car, d’abord, il faut un bon mix dans lequel la part des énergies fossiles va diminuant.
Dans le détail, retournons sur El Hierro : il y a également, à droite et en haut, le « camembert électrique » du mix énergétique et, en dessous, le graphe de émissions de CO2. Ici, on voit clairement que, à l’échelle de l’île et pour l’ensemble de son réseau électrique, il n’y a pas eu d’émission de CO2 le 9 août entre 12h30 et 14h30. C’est, à mon sens, une grande avancée pour l’ensemble des petites îles du monde entier et de certaines de plus grande taille non interconnectées. Presque toutes dépendent quasi exclusivement du charbon et du fioul. De l’ordre de 600 millions de personnes qui vivent dans les milieux insulaires sont concernées.
Mathieu Labour, ingénieur EnR – maintenant chez Urbasolar mais avec déjà un parcours professionnel au Danemark, au Groenland puis à Paris chez Wind Prospect me donne son avis à chaud. Ce dernier n’engage que lui mais il avait toutefois visité El Hierro et sa centrale en octobre 2014. Cet avis est émis seulement à partir des informations fournies par le REE (Réseau électrique espagnol) qui sont de libre accès et donc disponibles pour tous.
« En effet, Alain, on se rapproche du comportement attendu et, ainsi, les moteurs thermiques se sont arrêtés. Cela fait un moment que je me demandais pourquoi ils [les techniciens de Gorona del Viento et d’Endesa] bridaient leurs éoliennes. Je pense avoir compris. Ils font du bridage pour utiliser l’éolien en base stable. Le pitch control gère les fluctuations rapides du vent pour se débarrasser du problème et pour garantir une stabilité à une puissance bien supérieure à la demande. Le pitch control est la capacité de l’éolienne de gérer sa production électrique en faisant pivoter, sur son axe, (en même temps) chacune de ses pales pour modifier sa prise au vent. Ce mécanisme fonctionne avec des moto-variateurs électriques installés dans le hub, la partie centrale, où sont fixées les 3 pales et d’où part l’axe principal. En gros, c’est l’éolienne qui s’occupe de lisser les fluctuations rapides du vent, lors des rafales en faisant pivoter ses pales, fournissant une puissance de sortie stable et évitant ainsi au réseau de subir des fluctuations déstabilisatrices.
Pour garantir aussi la stabilité du réseau, ils [les techniciens] utilisent bien le pompage pour turbiner l’eau. Les moteurs diesel, fonctionnant au fioul, restent là dans une puissance très faible (20%) afin de garantir la sécurité lors des fluctuations rapides de la consommation électrique. Le diesel est très bas dans le mix énergétique et c’est déjà une grande victoire. Pourquoi ne peuvent-ils pas utiliser exclusivement l’eau du barrage supérieur, en la turbinant ? Difficile à dire. Ce serait aisé du point de vue technique ; l’hydraulique est, par sa nature, un grand stabilisateur de réseaux. Toutefois, en soirée le 9 août, il restait tout de même 30% de fioul, d’origine fossile, dans le mix énergétique insulaire. En tout cas, c’est passionnant à suivre ! »
Maintenant et après un peu plus d’une année de fonctionnement, les techniciens d’El Hierro  ont atteint les 100% EnR pendant deux heures. La route est ouverte techniquement pour aller toujours plus avant, y compris au Sud, au-delà des mers.
Enfin, vous noteriez que cet article a bénéficié d’un éclairage par le portail Futura-Sciences ; le journaliste Jean-Luc Goudet l’a repris sur la page d’accueil et classé dans le magazine « Environnement » le 11 août. Aux nombreuses réactions et je remercie les lecteurs du portail Futura-Sciences de leur intérêt, j’ai essayé d’apporter, grâce aussi à Mathieu Labour, des réponses dans la rubrique Commentaires.

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