El Hierro : EnR citoyennes et locales pour plus de 14 millions de bénéfices

Gorona del Viento est la SEM (la Société d’Economie Mixte, en essayant de rapprocher le droit espagnol et français) de l’électricité sur El Hierro qui a conçu et qui pilote la nouvelle centrale hydro-éolienne inaugurée en juin 2014. Dans cette société largement citoyenne, la communauté insulaire (Cabildo de El Hierro) possède 66% des parts et la Région des Canaries (au sens large) 11%, deux garanties de poids afin que l’économie locale soit la bénéficiaire des EnR. Sur El Hierro, les EnR ont généré plus de 14 millions de bénéfices en 2016 – dont 66% resteront sur l’île – à comparer avec les 5 millions de l’année 2015. Derrière la bonté des chiffres, il y a la vitesse de croisière atteinte par la centrale hydro-éolienne.

Vue partielle du parc éolien de Gorona del Viento. Hauteurs de Valverde, El Hierro, Canaries. © A. Pavageau, ENSAM/Club Jeunes IRD.
Explication du fonctionnement des turbines et alternateurs de la partie hydraulique de l’usine de Gorona del Viento. Le 29/04/2016, El Hierro, Canaries. © M. Tapiau, IRD.

A côté de la recherche de l’indépendance énergétique insulaire (dont la quête des 100% EnR est trop souvent mise en avant dans la presse), il y a un modèle économique que les multinationales pétrolières et électriques ne chérissent pas quoi qu’elles puissent en dire. Ainsi, sur El Hierro, Endesa (la société par actions et la filiale de l’italien Enel), vu qu’elle ne possède que 23% des parts de Gorona del Viento, n’encaissera que ce pourcentage des bénéfices.
Le succès des EnR sur El Hierro a beaucoup à voir avec le changement de paradigme, opéré dans les années 1980 par deux ingénieurs locaux de l’entreprise électrique canarienne Unelco (absorbée ensuite par l’espagnole Endesa). Tomas Padrón (le responsable dans les années 1980 de la centrale électrique au fioul d’El Hierro et la seule source d’électricité sur l’île jusqu’en 2014) et son collègue et ami de la grande île voisine de Tenerife Ricardo Melchior ont porté la  transition énergétique du pétrole aux EnR. C’est donc au sein même de l’entreprise Unelco-Endesa, mais soutenues aussi par un mouvement politique plébiscité pendant presque 30 ans par les îliens, que les EnR ont progressivement fait  » leur trou  » dans le cadre d’un plus vaste projet de développement durable insulaire.  Il aura fallu plus de 30 ans d’efforts constants, tant techniques que politiques dans un climat général on peut plus sceptique,  pour les choses changent, de façon effective, depuis les premières ébauches de la centrale hydro-éolienne des années 1980 jusqu’en 2014. Dans le schéma antérieur, celui jusqu’à 2013, la centrale au fioul fournissait 100% de l’énergie électrique sur El Hierro et elle appartient toujours à Endesa. Ainsi, tout l’argent généré sur El Hierro, virtuellement par l’équivalent espagnol de la taxe dite la Contribution au Service Public de l’Electricité (CSPE), était-il rapatrié à Madrid au siège d’Endesa. Hors El Hierro, ce monopole de fait, joint à la taxe précitée perçue à l’échelle de l’archipel des Canaries, permet encore de très importantes plus-values à l’opérateur électrique. Il en va de même pour l’archipel des Baléares et les villes espagnoles de l’Afrique du Nord de Ceuta et Melilla qui bénéficient de ce statut dérogatoire. L’ensemble grève de plusieurs milliards d’euros par an le budget espagnol : par exemple, il pesait 1,3 milliard d’euros en 2013 uniquement pour les Canaries (où le poids d’El Hierro, avec ses quelques poignées d’abonnés, était négligeable). Cela ne favorise pas du tout les EnR en fournissant également une rente aux pétroliers qui alimentent les centrales au fioul et gasoil (98% du parc des Canaries en 2013).
Toutefois, tout n’est pas parfait même sur El Hierro et vous liriez un article rédigé avec un point de vue critique mais constructif. Attention ! Ce travail date déjà du 23 août 2016 et, depuis ce jour, la part des EnR dans le mix énergétique sur El Hierro a bien grimpé comme anticipé d’ailleurs dans ce texte (en espagnol).
Quant à la mobilité électrique, la multiplication des points de recharge (3 de nos jours comme le nombre de pompes à essence) est en bon chemin.

L’un des trois points de recharge de l’île pour véhicules électriques avec son caractéristique totem bleu. Entrée de la station thermique Endesa de Llanos Blancos, El Hierro, Canaries. © A. Gioda, IRD.

Pour l’achat d’un véhicule électrique, sachant aussi qu’il reste plus cher qu’un thermique, un long cheminement intellectuel reste à faire chez les habitants d’El Hierro ou d’ailleurs ; c’est un choix relevant de la sphère du privé même si des aides financières peuvent faciliter son acquisition. Pour l’instant hors quelques résidents étrangers et de rares militants écologistes, c’est l’administration insulaire qui montre l’exemple (en espagnol) avec une convention avec Renault-Nissan, remontant à 2011, et des rapprochements avec des entreprises allemandes dont BMW en 2016.

Renault modèle Twizy, 100% électrique, dont quelques exemplaires circulent sur l’île d’El Hierro aux Canaries. © A. Gioda, IRD.

Enfin, l’actualité sur El Hierro c’est le succès de l’alimentation pendant plusieurs jours sans interruption exclusivement par les EnR de l’ensemble de l’île. Ainsi, tout le 5 juin, les 100% EnR furent atteints. Toutefois, c’est, depuis le 1er juin à 13h41 (heure locale), que les énergies locales alimentent l’ensemble de El Hierro.

Ajout du 9 juin. L’après-midi du 8 juin, les techniciens de Gorona del Viento ont franchi le seuil d’une semaine complète d’autonomie énergétique grâce uniquement à des ressources renouvelables, locales et citoyennes.

Station de dessalement d’eau de mer de La Restinga. Sur l’île, l’une des trois stations qui sont un gros poste de la consommation électrique sur une île aride avec l’utilisation de l’osmose inverse pour le dessalement. El Hierro, Canaries. © A. Gioda, IRD.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *