Cameroun et Tchad : « Des mondes oubliés » carnets de Christian Seignobos

Un Collègue de l’IRD vient de sortir début 2017 un ouvrage assez magique « Des Mondes oubliés. Carnets d’Afrique » en coédition avec Parenthèses et mon Institut.

Christian Seignobos, géographe de terrain et directeur de recherche émérite à l’IRD, pris sur le vif. © MSH-M.TV
Première de couverture de l’ouvrage de 2017 de Christian Seignobos.

Je connais le géographe Christian Seignobos depuis des décennies grâce à ses dessins à l’encre de chine, telles des gravures, certes très datés mais pleins de charme. Ainsi l’illustration qui est mise en avant dans cet article représente, selon son interprétation, au début du XXe siècle l’aire des greniers du chef Matal de Zouélva (extrême-nord du Cameroun) protégée par un embuissonnement d’Acacia ataxacanta. Depuis les années 1970, Christian Seignobos a cultivé le goût des croquis pris sur le vif et son terrain a été essentiellement le nord du Cameroun et le sud du Tchad, des pays de savane, ou bien encore, hors des frontières politiques, les environs du lac Tchad du côté méridional . Certainement ce fut une initiative personnelle car l’expression graphique n’est guère le goût de nos instances d’évaluation dans la recherche et certains de ses membres doivent encore assimiler, de façon péjorative, ces dessins savoureux à de la bande dessinée. J’essaie d’écrire aussi cet article de façon impressionniste comme me reviennent en mémoire les illustrations à l’encre de Seignobos et ceux de ses maîtres des siècles antérieurs tel Édouard Riou.

Forteresse ou « mata » de Sikassou au Mali. Gravure à partir d’une illustration de Édouard Riou publié dans « Du Niger au golfe de Guinée », Hachette, 1892, de L.G. Binger, p. 95.

Il est difficile de décrire les travaux de ce Collègue de l’IRD car ils balaient des champs très larges bien qu’à partir de l’exemple, pouvant sembler réduit, du nord du Cameroun et du sud tchadien.  Selon le journaliste scientifique Denis Sergent du journal «  La Croix «  (en date du 17 mai 2017 pour la version papier qui est plus exhaustive que celui d’Internet), les thèmes de Christian Seignobos vont des paysages agraires, des architectures, de l’agriculture, de l’élevage, des métiers de l’eau, des traditions (d’où le titre de l’ouvrage  au sujet des  mondes oubliés), jusqu’à la faune sauvage tout en ne négligeant pas l’actualité avec le terrorisme de Boko Haram ainsi qu’une réflexion sur le rôle et l’efficacité de l’aide au développement en Afrique. Mais baste ! Passons aux illustrations car j’écris sur un blog soit un support  se prêtant bien à cet usage. Le dessin illustre parfaitement la singularité des aménagements qui est une réponse locale parfaitement adaptée à la diversité des milieux naturels et sociétaux.

Parc de Prosopis africana, un épineux fort utile. Pays musey, sud-ouest de la République du Tchad, à la frontière avec le Cameroun. ©Ch. Seignobos, IRD.
Palmeraie de rôniers (Borassus aethiopum), village de Midjiving, nord du Cameroun. @Ch. Seignobos, IRD.
 » Muskuwaari  » dans la région de Maroua (nord du Cameroun). Ce terme local désigne des sorghos repiqués de contre-saison. Au Nigeria, on parle de  » masakwa »  et, au Tchad, de  » berbere « . @Ch. Seignobos, IRD, 2008 in  » Agricultures singulières « .
Greniers niellim dans le bassin du lac Tchad (près du Chari dans la région de Sarh). ©Ch. Seignobos, IRD.
Reconstitution d’une cité de cases-obus à Malla, sur la rive orientale du Logone dans le bassin du Lac Tchad.  République du Tchad. ©Ch. Seignobos, IRD.
Boko Haram,  » une cosaquerie motorisée. La moto chinoise est consubstantielle à ce mouvement terroriste né au nord du Nigeria [mais qui incursionne aussi au Cameroun]. Elle est la reine des batailles  » Ch. S. ©Ch. Seignobos, IRD, 2015.
Militants de Boko Haram à bord d’une pirogue sur le lac Tchad. @ Christian Seignobos, IRD, 2015.

N’oublions pas, toujours à propos « Des mondes oubliés« , un article exhaustif dans « Le Monde », daté du 10 mars 2017, par Joan Tilouine et qui m’avait échappé.
Les ouvrages scientifiques – mais je devrais dire les œuvres – de Christian Seignobos  ont un côté obsolète ou vintage (pour écrire tendance) qui m’avaient plu dès leur découverte tant et si bien que je les avais imités dans un bref travail publié en 1999 dans une revue disparue de l’Unesco « Nature et Ressources » du programme MAB.
Pour les jeunes scientifiques, « Des Mondes oubliés. Carnets d’Afrique » est un ouvrage cher à 38 euros car il est, pour Christian Seignobos, son livre somme. Toutefois, ce n’est pas un livre assommant, loin de là, car il tire la substantifique moelle de son travail très varié, tout cela avec une grande mise en page. En conclusion, vous auriez deux possibilités : soit le consulter dans une bibliothèque publique ou universitaire ; soit vous le faire offrir.

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